dimanche 4 décembre 2016

250 RAISONS D'AIMER LE CINÉMA (31-40)

31. Rêver à l'adaptation de son roman.


32. Ennio Morricone.
Le maestro n'est pas seulement le compositeur des bandes originales absolument essentielles des films de Sergio Leone, il est aussi l'auteur d'autres musiques indispensables, qu'il est inimaginable de lister ici. Ne vous privez pas du bonheur de les (ré)entendre :






35. Ennio Morricone et Sergio Leone.
Mais les plus inoubliables restent celles qu'il a composé pour son ami Sergio Leone, qui disait de Morricone qu'il n'était pas son musicien, mais son scénariste. 
N'importe quelle musique, n'importe quelle scène aurait mérité sa place ici, je choisis la première qu'ils ont "chorégraphiée" - le mot n'est pas trop fort - ensemble :



34. Truman trouve enfin la sortie de sa prison.
The Truman Show, de Peter Weir (1998).



35. "You killed my father, prepare to die." avec l'accent espagnol.
The Princess Bride, de Rob Reiner (1987)


36. "You killed my father ? Big mistake." avec l'accent autrichien.
Last Action Hero, de John McTiernan (1993)



37. Les tics du visage de Takeshi Kitano.



38. Le jour où on comprend, après avoir vu Rio Bravo cent fois depuis qu’on est môme, pourquoi John Wayne, après avoir pris Angie Dickinson dans ses bras pour l’emmener dans sa chambre, se lève le lendemain matin en souriant, content de lui et coupe sans arrêt la parole à Dean Martin, épuisé de sa nuit blanche et tourmentée.
C'est parce qu'il l'a baisée !

39. Tennessee Williams par Richard Brooks, James Ellroy par Curtis Hanson, Bruce Springsteen par Sean Penn, William Shakespeare par Kenneth Branagh, Victor Hugo par Walt Disney.







40. Alfred Hitchcock par Brian De Palma, Steven Spielberg par J.J. Abrams, Sergio Leone par Quentin Tarantino.
L'héritage de Spielberg saute aux yeux dans cette histoire de gosses à vélo qui aident un alien (beaucoup plus hostile que E.T.) à rentrer chez lui. Le mogul à casquette ne s'y est pas trompé et il adoube son successeur en produisant le film.


On a souvent reproché à Brian De Palma de trop s'inspirer d'Hitchcock, voire de se contenter de le copier. On a tort. De Palma a simplement trouvé chez le maître du suspense un écho à ses propres obsessions (le voyeurisme, la dualité de l'identité, les faux-semblants...) et un modèle virtuose à ses ambitions visuelles.
De Pulsions (où un tueur se déguise en femme pour frapper) à Body Double (où un acteur de série Z observe presque malgré lui sa voisine au téléscope), Brian De Palm a poussé le hitchcockisme dans ses recoins les plus pervers et les plus nauséabonds. Plus fils spirituel que plagieur, donc.


Quentin Tarantino s'est toujours déclaré fan de Sergio Leone. C'est flagrant dans l'inoubliable scène de duel entre Oren Ishii et The Bride de Kill Bill, vol 1. Les bruits, l'attente, les regards, la tension, c'est tout Leone. Ce n'est pourtant pas Ennio Morricone à la musique, mais le splendide (et inattendu) Don't Let Me Be Misunderstood par Santa Esmeralda :






samedi 3 décembre 2016

250 RAISONS D'AIMER LE CINÉMA (21-30)

21. Vice Versa vaut tous les manuels d'éducation du monde.


22. Le dernier regard d’Alain Delon dans Deux hommes dans la ville vaut tous les réquisitoires contre la peine de mort.
Le personnage joué par Delon est coupable de meurtre, pas de doute là-dessus. Décidé à filer droit après sa sortie de prison (pour braquage de banque), il est harcelé par le policier qui l'a arrêté et qui se refuse à croire aux bonnes intentions de l'ex-taulard. Poussé à bout, Delon perd les pédales et le tue.
Verdict : coupable. Sentence : la guillotine.
Pas d'erreur judiciaire dans ce dernier regard, juste cette bonne vieille terreur de la mort, que personne ne mérite de ressentir.


23. "Give me the child."
Tout est merveilleux dans Labyrinthe, de Jim Henson. Merveilleux, au vrai sens du terme. Celui des contes de fées, récits déguisés de mise en garde faits aux petites filles, contre les grands méchants loups, dont on tombe si facilement amoureuse.
Les créatures, les décors, les mots, tout fera toujours rêver dans ce labyrinthe.
La tirade de fin, où on voit si bien l'attirance et la peur de Sarah pour Jared, et vice-versa :


24. Romy Schneider.
Bon, d'accord, peut-être pas dans Sissi, mais dans tous les autres. Chez Claude Sautet surtout, mais aussi avec Delon dans La piscine.







25. Dans les films des frères Coen, George Clooney et Brad Pitt jouent de parfaits abrutis.
Pas seulement dans Burn after reading, mais commençons par là ;)


26. La mort d'Elias dans Platoon.
Quand l'hélico décolle, tous pensent qu'Elias est déjà mort. Le brutal sergent Barnes (Tom Berenger, qui n'a jamais été aussi bien qu'ici), lancé à se recherche, dit avoir vu son corps, alors qu'il l'a lui-même abattu et laissé pour mort. 
Tout ici est d'une bêtise tragique à faire pleurer : Elias, seul, désarmé, poursuivi, exécuté, les bras levés vers l'hélico, le ciel, en une dernière prière sacrifiée ; la musique déchirante (l'adagio de Samuel Barber), la rage et la frustration des soldats impuissants dans l'hélicoptère ; le visage de Barnes, indéchiffrable, entre fatalité et défiance.


27. Raiponce entre dans la danse et le royaume retrouve sa petite princesse disparue.
Plus belle encore que la scène des lanternes, cette invitation à la danse fait souffler dans le royaume meurtri un vent de bonheur et de vie que les villageois n'espéraient plus. Et sans le savoir, leur petite princesse les a enfin sauvés. Ou le contraire ? 


28. Le capitaine Vidal appuie sur la détente et le royaume retrouve sa petite princesse disparue.
Chronique d'une mort annoncée depuis les premières images, Le labyrinthe de Pan est un récit initiatique à l'envers : l'enfant devra remporter les épreuves, déjouer les pièges et franchir les obstacles pour avoir le droit de mourir, et enfin, être sauvée.
Si la petite Ivana Baquero est très bien, Sergi Lopez est magistral en capitaine possédé par sa conception du devoir et prêt à tout pour ne pas en dévier.


29. Le point de non retour est un documentaire sur le visage de Lee Marvin.
Et c'est le réalisateur John Boorman lui-même qui le dit. Et en effet, Lee Marvin, toujours formidable, est ici véritablement bluffant de violence sèche et de détermination menaçante. Pas étonnant que Tarantino se déclare "fanatique de Lee Marvin". La bande-annonce :


30. Trente ans après, la prouesse inégalée de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?
D'ailleurs, personne ne s'y est plus risqué depuis. À savourer dans la plus géniale des VF, la scène de l'exécution ratée de Roger : 'Ecoute, Eddie, quand ze dis ze veux, c'est ze veux!"

 

vendredi 2 décembre 2016

250 RAISONS D'AIMER LE CINÉMA (11-20)

11. Dans La folie des grandeurs, c'est Yves Montand qui joue Bourvil.
'Ben... Je flatte."


12. Le regard de Gromit.


13. « That woman deserves her revenge. And we deserve to die. »


14. Les frères Farrelly osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît.
Du tout public dans Mary à tout prix (ici, la sortie avec Mary et Warren), parce qu'ils ont fait nettement pire ! (le must : la scène de la salle de bain du motel dans Bons à tirer, à côté de laquelle la scène du "gel" de Mary à tout prix fait figure de dessin animé Disney ;)



15. Phil Tippett, Rick Baker, Stan Winston et Rob Bottin.
Créateurs visionnaires d'effets spéciaux, chacun dans leur "spécialité" : 
- Phil Tippet a fait ses armes chez ILM, au département informatique, à une époque où les maquettes faisaient la loi : il a notamment créé le ED-209 de Robocop en 1987, le dragon bicéphale de Willow en 1988, et les Arachnides de Starship Troopers en 1997.



- Le Robocop, lui, est l'oeuvre de Rick Baker, célèbre pour ses talents de maquillage et ses masques : il est aussi le créateur des zombies de Thriller et de la transformation du Loup-Garou de Londres, intégralement non-numérique (maquillage et prothèse articulées) :



- Stan Winston, c'est encore le maquillage, mais à tendance machines et métal : l'endosquelette des Terminator, les ciseaux d'Edward aux mains d'argent, la reine xénomorphe d'Aliens:le retour, mais aussi le Predator, les dinosaures de Jurassic Park (qui n'étaient pas du tout numériques : Winston a même fait fabriquer un T-Rex en taille réelle), le Pingouin de Batman:le défi, et... Manimal !
- Rob Bottin, enfin, c'est le maquillage organique : ça coule, ça respire, ça dégouline, ça saigne, ça fait mal, ça fait peur, ça fait vrai et c'est magnifiquement dégueulasse. Les loups-garous de Hurlements, le King Kong de 1976, le Darkness de Legend, l'exécution de Murphy et la mort écoeurante d'Emil Antonowsky dans Robocop, les mutants de Total Recall, et surtout le bestiaire hallucinant de The Thing
Non, pas de vidéo, non, certains ne s'en remettraient pas.

16. Et Ray Harryhausen aussi.
Ray Harryhausen, c'est la poésie du stop-motion (ou "animation en volume"), l'animation image par image d'une miniature articulée intégrée aux prises de vue réelles. Ce sont les squelettes de Jason et les argonautes, le cyclope et l'oiseau-roc du Septième voyage de Sindbad le Marin ou la Medusa du Choc des Titans.



17. La résurrection de Lindsey Brigman dans Abyss.


18. "Let's go home, Debbie."
Dans La prisonnière du désert, Ethan Edwards (John Wayne), ancien soldat sudiste, est à la recherche de sa nièce Debbie, enlevée par des Comanches alors qu'elle était enfant. Après dix ans de recherches inlassables, il parvient finalement à retrouver la tribu responsable du rapt, mais découvre que Debbie, élevée à l'Indienne, est devenue comanche. Ivre de colère et aveuglé par la haine qu'il voue aux Indiens, Ethan se lance à sa poursuite :


19. La Bible selon Cecil B. De Mille.
Non, Ben Hur n'est pas un film de De Mille (et d'ailleurs, c'est même pas une histoire de la Bible ;)



20. Dans Les dents de la mer, l’histoire de l’USS Indianapolis est improvisée par Robert Shaw.
Et c'est la façon dont il la raconte qui installe à la fois une étrange complicité entre les trois "chasseurs de requins" et une belle tension... avant la soudaine réapparition des tonneaux jaunes.









jeudi 1 décembre 2016

250 RAISONS D'AIMER LE CINÉMA (1-10)

1. Les lettres volantes d’UGC, les projecteurs de 20th Century Fox, les rosaces de Gaumont, la Terre d’Universal, le lion de la MGM, les étoiles de la Paramount.







2. Rocky sur les marches du Museum of Art de Philadelphie.
Un pur bonheur de cinéma, intact quarante ans après. Ici, dans Rocky II, avec la foule derrière lui. 


3. Les super-héros existent.
D'abord, ce fut Superman, de Richard Donner, en 1978. Le premier qui faisait vrai. Et il y faisait tout ce qu'on attendait : se changer la cabine téléphonique, ouvrir la chemise avec le vrai costume en dessous (et la cape bien rangée sous la chemise ;), s'envoler, rattraper Loïs... Et en bonus, cette formidable trouvaille du retour dans le temps en forçant la Terre à tourner à l'envers.


Puis vinrent Sam Raimi et Tobey McGuire pour un insurpassable Spiderman (2002-2006), dont l'apogée des trois films reste le combat Doc Oc/Spidey dans le métro aérien new-yorkais. La mise en scène, le rythme, le montage, les effets spéciaux, tout est parfait, et c'est sans parler du final, quasi christique.



Enfin vint l'ère des franchises multiples (2008-forever), dont on retiendra surtout les fabuleux Captain America de Anthony & Joe Russo, et les formidables Avengers, de Joss Whedon.


4. Steve McQueen ne s'évadera jamais.
Et pourtant, il se donne du mal ! Je dirais même du fil à retordre ;)
La grande évasion, de John Sturges (1963)


5. "It's not your fault".
Une scène assez casse-gueule, qui aurait pu tourner assez vite au ridicule, mais finalement bouleversante, grâce à Matt Damon et Robin Williams, l'un et l'autre d'une justesse absolument sidérante.
Will Hunting, de Gus Van Sant (1997)


6. La tombe sans nom près de celle d'Arch Stanton.
La course de Tuco dans le cimetière de Sad Hill + le "triello" sur la place comme dans une arène = le plus beau final de western du monde. Leone lui-même ne l'a pas surpassé dans Il était une fois dans l'Ouest, son film suivant.
Le bon, la brute et le truand, de Sergio Leone (1966)



7. Magnifique, professionnel, enfant gâté, en Chine ou à Rio.
Jean-Paul Belmondo, bien sûr, de 1964 à 1987 !






9. La gare, le landau, les escaliers, le comptable, le ralenti et Andy Garcia.
Les incorruptibles, de Brian De Palma (1987)


10. Le champ de maïs, la route, l’avion et Cary Grant.
La mort aux trousses, d'Alfred Hitchcock (1959)





dimanche 16 octobre 2016

STAR WARS Episodes IV, V, VI avec Zia

Voilà.
C'est maintenant.
La sortie de l'Episode VII a failli précipiter les choses : tout le monde en parlait, même dans la cour de l'école, même ceux qui ne l'avaient pas encore vu, même ceux qui n'auraient pas dû l'avoir vu, même ceux qui ne savaient pas de quoi on parlait. Le spoiler n'était pas loin, on l'a échappé belle.
À mon avis, Star Wars, c'était trop tôt pour toi.
Tu allais avoir huit ans, tu commençais tout juste à regarder des vrais films, mais ça restait Movies, Magic And More : Le Magicien d'Oz, Chantons sous la pluie, Princess Bride, l'Histoire sans fin, que tu as tous déjà vus deux ou trois fois.
Et puis, tu as lu Harry Potter, les deux premiers, et tu as adoré (et tout compris). Les deux adaptations ciné plus tard, pas trop ratées et pas mal impressionnantes, tu étais prête pour les sabres lasers et les pistoblasters, les gentils vauriens et les princesses rebelles, les géants poilus et les robots clignotants, les monstres de la cantina et les malandrins de la galaxie, les congélations carboniques et les mains tranchées, les explosions spatiales et les poursuites infernales, le mysticisme de la Force et la séduction du Côté Obscur.
Et comme toujours, cette exploration d'un nouvel univers avec ton regard neuf, candide et sincère n'est pas sans questions, remarques et... bon mots.
Des questions techniques, d'abord : par exemple, ce faisceau tracteur invisible, qui attire le Faucon Millénium dans les entrailles mécaniques du Croiseur Interstellaire ? "Bah, c'est comme un gros aimant, en fait ?" Bah... Oui, c'est ça. Reste plus qu'à le désactiver, maintenant qu'on sait ce que c'est ;)
Des questions métaphysiques, aussi : "Mais c'est qui, qui fait Ffff-ChhChh tout le temps ?"
Ou inquiètes, pour Obi-Wan qui va à la rencontre de son ancien disciple et de son destin : "Il va mourir ? Il va mourir ? Il va mourir ?" Et c'est vrai que ce brave vieillard chenu d'Obi-Wan, qui manque se casser la gueule sur les caillasses de Tatooine en mettant en fuite des Hommes des Sables décidément bien trouillards, n'est pas vraiment donné gagnant contre la machine à tuer Vador. Okay, la Force est avec lui, mais on lui donnerait bien une canne aussi. Pourtant, lorsqu'il se sacrifie comme un samouraï serein, sabre laser relevé et yeux clos, tu devines : "Il arrête de se battre, peut-être qu'il sait ce qu'il fait ?"
Et tu n'es pas dupe de l'héroïsme un peu tardif de Han Solo, qui laisse massacrer la quasi-totalité de l'escadre X-Wings lancée à l'assaut de l'Etoile Noire avant d'intervenir, et tu lâches : "Ah, bah quand même !"
Tu t'y perds un peu dans les personnages engoncés dans leurs combinaisons oranges et leurs casques à visière teintée, mais il y en a un qu'on oubliera pas de sitôt, c'est le déjà fameux Jean-Yves, celui à qui Luke crie un "Tiens bon, j'arrive" que tu comprends mal : "Ah bon, il s'appelle Jean-Yves ?" Désolé, Wedge, mais désormais, tu seras Jean-Yves Antilles chez nous !

Quelques explications, ensuite, sur la numérotation absconse des épisodes : "Donc, j'ai vu le 1, mais c'est le 4, et demain, c'est le 5, mais en vrai, c'est le 2, et le 1, 2 et 3, tu me les montreras pas, parce qu'ils sont nazes, et il y a encore 6 et 7, et après il y aura 8, 9, mais ils sont pas encore faits, c'est ça ?" Et Sam de rajouter : "Hé Zia, tu regardes quand Star Wars 40 ?"

Le lendemain, c'est l'Episode V, avec la révélation inouïe de la maléfique paternité de Vador. Une remarque, d'ailleurs : Vador sait-il qu'il a eu un fils ou le devine-t-il quand il "sent" Luke ? Et s'il le sait (comme l'Épisode III l'affirme), pourquoi ne l'a-t-il pas cherché pendant tout ce temps ? C'est si paumé que ça, Tatooine ? Même pour une vieille bête de Force Obscure comme Dark Vador ?
Bref.
Révélation, donc.
Et c'est quand même quelque chose, cette révélation, quand on ne la voit pas arriver. Et c'est ton cas, toi qui n'as pas été spoilée, malgré ton "retard".
Comment vas-tu le prendre ?
Eh bien, comme si c'était normal. Soit parce que tu es prête à tout accepter de Star Wars, puisque tout est délirant pour tes yeux de grande fille sans SF. Soit parce que tu n'y crois pas, comment est-ce possible que cette horreur de Vador soit le papa de Luke ? Soit parce que tu avais deviné. Après tout, quand Yoda révèle que Luke n'est pas le dernier espoir, et qu'"il y en a un autre", tu balances : "C'est Leia !"
Ah.
Ben, heu, oui. Mais je ne dis rien, là, hein.

Tu te laisses aussi prendre au charme de vaurien de Solo, et à son héroïsme rugueux : quand il se jette dans le champ d'astéroïdes pour échapper aux chasseurs de l'Empire, tu déclares, sur le ton de l'évidence : "Ben oui, il est plus habile que les autres."
Et tu espères jusqu'au bout que Leia et ses compagnons vont parvenir à reprendre à Boba Fett le bloc de carbonite qui retient prisonnier Han, mais tu lâches un "Oh, c'est trop tard" déchirant quand le vaisseau du chasseur de primes s'envole finalement.

Mais surtout, tu deviens disciple de la Force en même temps que Luke sur Dagoba, et lorsqu'il fait léviter les objets autour de lui, tête à l'envers, en équilibre sur une main, Yoda perché sur son pied, tu l'encourages d'un magnifique : "Tu dois y croire, tu dois y croire", qui ressemble beaucoup au "Reprends confiance, reprends confiance" de Bastien à Atreju dans l'Histoire sans fin.

Avec l'épisode VI vient le temps des révélations. Et avec elles vient le temps de tes questions. Qui vont mettre à rude épreuve les incohérences et les approximations du storyteller George Lucas. Parce que quand tu veux comprendre, il faut t'expliquer. Et ça a intérêt à tenir la route.
Désolé, George.
Et encore, je suis réglo : je réponds en faisant abstraction des ratages risibles et des navrantes élucubrations des Épisodes I, II et III.
Heureusement, tes questions sont belles comme des rêves.
"C'est Luke qui va devenir méchant, ou c'est Vador qui va devenir gentil ?"
"La princesse Leia, c'est une vraie princesse ? Parce que Dark Vador, c'est pas un roi ? Et c'est qui sa maman ? Ça doit être une reine, non ?"
"Et les méchants soldats blancs, ils ont tous un masque parce qu'ils sont tous brûlés comme Dark Vador ? Ou c'est parce qu'ils sont obligés de faire comme lui ?"
"Et pourquoi l'Empereur, c'est le chef, il est super vieux !"
Et ma préférée : "Et les gens qui sont sur les vaisseaux, qui disent "Autorisation accordée" et "Désactivez je-sais-pas-quoi" et tout, ils sont tous méchants ? Ou c'est juste leur travail d'être méchant ?"

Ouah !
Prends ça et meurs, George.
Ou laisse le job à J.J. Abrams.
Ah, ben, ça, c'est fait.
A bientôt, pour l'Episode VII.


lundi 15 août 2016

MON HELLFEST 2016 : Jour 3

Troisième jour, troisième costume : à force de détailler les patchs de groupes sur les dos dans les files d'attente, j'ai fini par me laisser (re)séduire par cet uniforme de l'armée régulière du Hellfest et je porte aujourd'hui ma veste en jean sans manches (et, pour l'instant, sans patchs!), en réfléchissant déjà aux couleurs des groupes que j'y arborerai en 2017. Deux certitudes, déjà : 1) le patch géant BON JOVI FOREVER, acheté et cousu au lycée et décousu à l'âge de trouver ça naze d'avoir des patchs; 2) le patch HELLFEST que Fabrice vient de m'offrir (en même temps que ceux qu'il s'est acheté pour lui!). Et peut-être aussi un patch Blind Guardian, le groupe qui va nous ouvrir ce troisième jour, à 17h45.
Même file d'attente que les autres jours, mais cette fois, on a pris une (vraiment très) bonne marge, puisqu'on arrive aux portes de la cathédrale à... 15h00! Ce qui laisse le temps d'aller une dernière fois au Market pour voir ce qu'ils ont... comme patchs, bien sûr!
Chez un vendeur spécialisé au langage non identifié (du hollandais, pense Fabrice), je suis tenté par un Def Leppard, un Mötley Crüe, un Nightwish, mais le vendeur prend un temps fou à servir la fille devant moi, tout occupé qu'il est à farfouiller dans ses stocks d'une main et tripoter les fesses de sa nana de l'autre, tout en baragouinant des trucs incompréhensibles (et probablement cochons, à en juger par les gloussements/yeux-au-ciel de sa partenaire).
Je finis par rendre les armes et je décide de revenir plus tard.
Ce que je ne ferai pas, puisque je trouve encore mieux plus loin : deux badges metal en métal (ah ah), un Twisted Sister, et surtout, un Savatage, pour lequel le vendeur s'enverra à lui-même un "Oh, putain!" admiratif, tout épaté de disposer d'un tel joyau à vendre. Une petite conversation ensemble plus tard, qui nous emmènera jusqu'au Wacken 2015 qui a vu la réunion déjà historique du 'Tage et de TSO sur une même scène (Non, connard, j'y étais pas), on retrouve Yves-Marie pour Blind Guardian, que je vais enfin voir, et pour la première fois (difficile désormais d'avoir des premières fois au Hellfest, tant les affiches commencent à se ressembler d'année en année).
Une bonne foule, pas très dense, mais de connaisseurs, comme on le verra plus tard, nous permet de bien nous placer devant la scène décorée d'un backdrop aux couleurs fantasy du dernier album mais sans nom de groupe, preuve que Blind Guardian fait une confiance totale à sa musique pour convaincre (et attirer les curieux, nerf de la guerre des festivals). Cette impression d'assurance et de sagesse est confirmée par les jeans/chemises, noirs et sobres, des deux guitaristes Siepen & Olbrich (le batteur Frederik Ehmke est hors concours, il est torse poil!) qui entrent en scène sur l'intro, majestueuse et menaçante comme une cathédrale, de "The Ninth Wave", le morceau de bravoure qui ouvre déjà le dernier album Beyond The Red Mirror. Les chœurs d'église ("Discordia, discordia"), probablement samplés, sont quand même doublés par les deux guitaristes pour un effet très réussi, avant l'arrivée de Hansi Kürsch, même jean/chemise noirs que ses acolytes, qui lance véritablement les hostilités avec cette voix si caractéristique, aussi inimitable sur scène que sur disque.


Et c'est parti pour une heure de power metal médiéval sophistiqué (disons PMMS pour simplifier ;), avec une setlist très bien balancée, entre nouveauté ("Prophecy"), surprise ("Script For My Requiem") et grand classique - "The Bard's Song", pour laquelle le chanteur demande à tous de s'asseoir comme pour une réunion mystique, et, les con(naisseur)s osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît, ils le font! Ou, plus exactement, à un moment donné du morceau, comme un signal tacite et connu de tous (sauf des ploucs comme nous, qui ne sommes finalement pas des connaisseurs), font mine de s'asseoir et se redressent lentement en une prière collective digne d'une secte (et qui nous changent agréablement des furieux wall of death à la Bravehart).
Rien à dire, ces mecs assurent comme des Dunedains.
Changement de scène pour attendre MegaDave et sa bande de mercenaires thrashers, qui vont "vendre la paix" à 20h45 (mais personne n'achètera!).
Mais en attendant, après les tauliers de Slayer (cinquième participation au Hellfest, quand même), ce sont les Vikings impitoyables d'Amon Amarth qui prennent d'assaut la mainstage voisine, et les magnifiques éléments de décor (deux proues de drakkar en forme de dragon) ne peuvent pas faire oublier que la musique de ces braves barbus est indigeste comme un tonneau d'hydromel frelaté. Dommage, parce que ces ours hirsutes sont plutôt sympathiques, dans un genre troll ensorcelé de Lanfeust de Troy ;)


On en profite donc pour jouer à notre jeu de patience préféré : le jeu des 20 questions spécial groupes de metal. Le principe : je pense à un groupe, tu cherches à le deviner en ne posant que des questions oui/non. Le plus tordant étant évidemment de dégotter les groupes les plus farfelus, les plus obscurs, les plus ridicules, les plus inattendus, les plus débiles. Sachant qu'il faut jouer avec des gestes, puisque les grosses brutes poilues d'Amon Amarth ne laissent pas de place au son. Mention spéciale à la devinette Trans-Siberian Orchestra, groupe de christmas metal, une dizaine de chanteurs, un narrateur, deux violonistes électriques, deux ou trois pianistes, autant de guitaristes, plus les frais : à la question, "Est-ce qu'ils sont cinq (Def Leppard?) ? Quatre (Mötley Crüe?) ? Six (Iron Maiden?) ? Trois (WASP?) ? Un (Alice Cooper?) Huit (Guns N' Roses?)", on se marre comme jamais quand on arrive à vingt-cinq ! Fabrice ne joue pas, et finira même totalement désœuvré, couché dans l'herbe au milieu des rangers poussiéreuses et des mollets en bas résille. Pas facile, c'est sûr, de participer à un jeu Mahie/MatFall mille fois joué, truffé de private jokes et de fous-rires vieux de vingt ans, toujours en attente d'exploser.
On finit littéralement plié en deux, les larmes aux yeux, les abdos qui crient grâce, on n'arrive même plus à enchaîner, le moindre mot nous relance, même Metallica nous ferait marrer (et pourtant, c'est pas des rigolos, pardon, Anne).
On en pleure encore quand Megadeth déboule, pour un "Hangar 18" furieux. Pas de single à la con avec Dave Mustaine, même avec un nouvel album dans l'ampli (dont il jouera quatre titres quand même, on n'oublie pas le business), on attaque en force, sans faire de prisonniers, avec un titre de 1990, qui n'a pas pris une ride.


Mes yeux sont rivés sur le "nouveau", dont l'arrivée a fait beaucoup parler, tant son univers semblait éloigné du thrash tourmenté de Megadeth. En effet, à la deuxième guitare (c'est Mustaine qui tient la première, sa célèbre Dean, aujourd'hui aux couleurs de "Rust In Peace"), c'est le beau gosse Kiko Loureiro, fondateur et (toujours) guitariste d'Angra, dans lequel il envoie des volées de speed mélodique, et non des bûches de thrash. Même si je n'étais pas vraiment inquiet, tant il assure à la maison, je suis quand même ravi de voir qu'il est à sa place, à l'aise. et pas du tout sur la réserve aux côtés du frontman roux et caractériel (mais c'est vrai qu'il est dans le groupe depuis déjà un an et qu'il a participé à l'enregistrement du dernier album).


Une rareté dès le troisième titre, un "Tornado Of Souls" dédié au batteur Nick Menza, décédé sur scène quelques semaines plus tôt, et un "She-Wolf" destructeur (ma chanson préférée de Megadeth) aussitôt après. Pas de doute, ça va chauffer !
Si Mustaine a pris un coup de vieux et a l'air moins content d'être là que la dernière fois (en 2012), on s'en fout, les classiques ne manquent pas, du bien lourd "Sweating Bullets" au culte "A Tout le Monde", qui fait cette fois encore des ravages sur le sol français. Des surprises, aussi, comme à chaque fois (en 2012, c'était un "Angry Again" des enfers qui nous avait scotchés) : là, on a droit à un "Trust" toujours un peu controversé, mais qui séduit Fabrice (qui n'en revient pas lui-même ;), et à un "Symphony Of Destruction" dévastateur. Mais c'est évidemment l'intro légendaire de "Peace Sells" qui met tout le monde d'accord : un véritable cri de guerre accueille la ligne de basse la plus connue du metal (ce qui doit faire enrager Steve Harris, non ?), jusqu'à ce que les fougueux "Peace sells/But who's buyin'", martelés par une foule conquise, deviennent l'hymne de ce dernier jour (ce qui va faire enrager Ozzy Osbourne, non ?)

On reste en place pour attendre Black Sabbath, que perso, j'avais un peu l'intention de regarder de loin, mais sans quitter le site non plus, pour laisser Fabrice communier dans sa messe noire avec les Papys du Metal. Finalement, je reste, en grande partie pour rendre à Fabrice l'effort qu'il a fourni en suivant Megadeth jusqu'au bout (ce qu'il a fait sans déplaisir, alors qu'il s'attendait à détester comme en 2012, quand le son dégueulasse qui empêchait de reconnaître les morceaux et le temps dégueulasse qui empêchait de profiter du spectacle, avaient eu raison de lui).
Mais avant Ozzy et sa bande, c'est Ghost qui prend possession de l'autre mainstage, tout auréolé (ah ah, encore) de son incroyable succès en 2013, où il avait été propulsé en dernière tête d'affiche mainstage (pour remplacer Danzig qui était allé jusqu'au bout de sa réputation de gros con, en exigeant de jouer plutôt sous la Valley) et avait laissé tout le monde (dont pas moi, je n'y étais pas) sur le cul bénit.
On est donc tous là, cette fois, y compris les fans du Sabbath qui gardent les positions mais ne perdront pas une miette de l'autre messe de la soirée.
L'étrange musique de Ghost, sorte de rencontre d'outre-tombe (mais pas si improbable) entre David Bowie et Rammstein, est inclassable mais ne manque pas de charme, avec ses mélopées envoûtantes très seventies, ses riffs majestueux, ses éclairages clair-obscurs d'église, ses solos lumineux, pour une ambiance de noir recueillement, entretenue par le maître de cérémonie Papa Emeritus III, impérial de grâce loufoque et de bienveillance perverse, professant aussi dignement la jouissance mutuelle ("Come Together") que la communion avec des nonnes innocentes (les fameuses "Sisters Of Sin", avant "Body & Blood").


Le show se termine par un (et finalement deux) coup de maître : le chœur d'enfants, d'abord, que nous attendons tous, puisque Ghost a créé l'événement en demandant aux organisateurs de "recruter" une chorale locale pour les accompagner sur "Monstrance Clock". C'est donc les kids de l'école de musique Artissimo de la Vallée de Clisson, soit vingt-cinq enfants de 11 à 13 ans, qui apparaissent sur scène pour le final et qui auront bien mérité leur T-shirt HellFest Crew avant d'aller au lit. Alors, ça peut faire sourire, ou même grincer des dents (ou faire hurler d'horreur Provocs-Hellfest-ça-suffit), mais perso, je trouve que ça a bien pris, d'autant que le feu d'artifice (deuxième coup de maître) qui me prend complètement par surprise, vient confirmer cette impression de plénitude rock 'n roll, et empêchent les questions d'adulte responsable (mais qu'est-ce que ces gosses font là, à cette heure-ci, à chanter la jouissance partagée pour le fis de Lucifer?) de trouver dans ma tête leur voie... impénétrable, évidemment.
A voir, pour se faire une idée, en vidéo officielle (clic sur l'image) :


Après cette grand messe parfaitement maîtrisée et délivrée, les vétérans de Black Sabbath n'ont qu'à bien se tenir à leur déambulateur. Parce qu'il va falloir sans doute plus que leur légende pour convaincre.
Convaincre ?
Tu parles.
Quand Tony Iommi, croix en pendentif, petites lunettes colorées, bouc de mousquetaire au menton, fait sonner sa Gibson SG de gaucher, qu'on aime ou pas, on est obligé de la fermer : ce type est un monument. Alors, bon, Ozzy commence un peu dans la choucroute, en chantant "Black Sabbath" qu'à moitié juste (même pour moi, qui ne connaît pas le morceau), mais il se recale petit à petit en cours de set pour finir, eh bien, pas si mal que ça. J'ai même lu un chroniqueur affirmer qu'il n'avait plus entendu Ozzy chanter aussi bien depuis longtemps. Un bon soir pour les futurs retraités, donc. Et, d'après Fabrice et Yves-Marie, une bonne setlist, qui se termine bien sûr par le mythique "Paranoid", bienvenu, mais qui rate le titre d'hymne de cette dernière journée, trop contesté par les pointures, plus en forme, qui l'ont enflammée.


samedi 30 juillet 2016

MON HELLFEST 2016 : Jour 2

Retour en début d'après-midi pour une deuxième journée un peu plus chargée que la première. Changement de costume aussi : après le T-shirt Nightwish Hellfest Clisson 2015 arboré hier et acheté l'année dernière au merchandising officiel (qui proclame à grand cris "J'y étais!" ; on s'est d'ailleurs reconnu hier matin au même stand avec un festivalier arborant les mêmes couleurs), aujourd'hui, c'est haut-de-forme, veste croisée à boutons dorés et... débardeur Hellfest 2014 ("J'y étais!").
Malheureusement, et malgré mes espoirs que l'attente soit moindre qu'au matin du premier jour, les faits sont là, et la file d'attente aussi. Moins dense, moins longue, mais quand même sacrément emmerdante. En plus, on se démerde mal avec Fabrice, on est placé derrière une bande de pas-pressés qui se laissent doubler dans la masse, et on se retrouve au couloir de ganivelles cinquante personnes derrirère les chevelus qui nous talonnaient au départ. Comme dira plus tard Yves-Marie : "il faut se mettre derrière des filles, il y en a moins, elles passent plus vite la fouille." Oui, sauf qu'on n'y a pas pensé et qu'Yves-Marie est arrivé avec sa tactique cinq minutes plus tôt, a dix mètres d'avance dans la file, entre donc sur le site quinze minutes avant nous et ne rate pas comme moi la première chanson du set de Sixx A.M. ("This is Gonna Hurt", un super choix de morceau d'ouverture).
Heureusement, après la fouille et un sprint, je me place dans la foule pas très compacte et ne manque rien du reste de ce choix ultra pro, hymnes fédérateurs d'american rock trop bien foutus, en particulier les extraits du dernier album, que je ne connais pas trop, mais qui claquent bien comme il faut sur scène (un "Pray For The Damned" du feu de Dieu) - merci à un son impec qui permet d'écouter et de découvrir, plutôt que de s'arracher les oreilles à essayer de reconnaître. Et ce sera vrai pour toute la journée, comme hier, et demain aussi : cette édition 2016 s'écoute très (très très) fort (impossible de s'entendre, même à la porte du "Kingdom of Muscadet", à deux cent mètres des scènes), mais très très bien.
Même les titres que je n'écoute pas vraiment sur disque me bluffent ("Lies Of The Beautiful People"), et le single "Stars" balaie tout sur son passage. James Michael a la classe américaine, Nikki Sixx cache ses rides sous un maquillage Apache-du-Futur du plus bel effet, D.J. Ashba, hiératique comme un samouraï, donne une leçon à tout le monde, et personne ne connaît le batteur (normal : sur disque, Michael chante, gratte la rythmique, écrit, produit, arrange, et... cogne les fûts. Vous avez dit "surdoué"?).


Après cette bonne claque, qui me laisse chantant et sautant sur place jusqu'à la première bière, on retrouve Yves-Marie, la tête dans les "Stars" de Sixx A.M. aussi, avant de se replacer pour regarder de loin Foreigner, dont je n'attends que le "I Want To Know What Love Is", sans illusion : ce sera la dernière, ça risque d'être un peu long.
Eh bien,  pas du tout : alors qu'il fête ses quarante ans cette année, Foreigner n'est pas du tout un groupe de salle des fêtes, et assure un show énergique et sans temps mort (avec trois guitaristes, quand même). Alors, bien sûr, il ne reste plus du "vrai" groupe que le guitariste Mick Jones, mais le chanteur Kelly Hansen (aucun lien, il est fils unique), avec ses faux airs de Steve Lee, assure grave, et les autres (dont personne n'a rien à foutre, honnêtement) font du bon boulot aussi. Et puis, finalement, il n'y a pas que "I Want To Know What Love Is" ! Fabrice est tout surpris de reconnaître un titre sur deux ("Hé ! Ça aussi, je connais, et j'aime bien aussi !"), et "Juke Box Hero", que j'avais oublié, fait son petit effet.
Et quand arrive enfin LE hit, on est tous à bloc, et Hansen n'a qu'un mot à dire pour qu'on se retrouve tous épaule contre épaule, enlacés comme des Irlandais au bar un soir de victoire au rugby, Fabrice, Yves-Marie, son pote et moi, à chanter notre désir de connaître l'amour. Je démarre trop tôt ("I gotta take a little time") et ça fait bien marrer la milf devant moi (soit parce que je chante assez bien pour ne pas lui gâcher son moment, soit parce qu'elle s'en fout du moment (on est quand même aux derniers des derniers rangs, pas trop de die-hard fans en vue), soit parce que je n'ai déjà plus de voix (avec les bouchons d'oreille, je ne m'entends pas). En tout cas, tout le site fait sa part, et le hymne du Hellfest 2016 est là.


Deuxième bière, et on revient pour Within Temptation, pas trop tard pour être bien placé, parce que Sharon Den Adel sera belle et bien habillée (et oui, aussi, elle chante merveilleusement bien : si on veut seulement les deux premiers, on va voir Alissa White-Gluz d'Arch Enemy, mais dans un autre genre (genre grunteuse steam punk).
En attendant, c'est Disturbed sur la scène d'à côté, et... comme d'habitude, ce n'est pas du tout ce que je croyais, et comme le son est géant, on peut écouter, et découvrir, et trouver ça... moyen. Je suis quand même cueilli par cette reprise aussi inattendue que frissonnante du "Sound Of Silence" de Simon & Garfunkel, mais c'est surtout quand David Draiman appelle ses potes de Sixx A.M. qu'il se met tout le monde dans la poche, pour un "Shout At The Devil" d'anthologie, forêt de bras levés et refrain scandé à pleins poumons par un site déchaîné ("Shout! Shout! Shout!") : le deuxième hymne du Hellfest 2016 (même pas une heure après le premier!). Et quand Draiman remet ça avec Glenn Hughes pour "Baba O'Reilly" (On est entre connaisseurs, personne ne lâche sérieusement : "Hé ! C'est "Les experts"!), c'est carrément du délire, et je me retrouve à attraper les épaules du vieux rocker à mes côtés pour beugler notre "Out Here In The Fields ! I Fight For My Meals !". Après ça, on attend quasiment un "Whole Lotta Love" avec Joe Satriani en guest, mais c'est un "Killing In The Name" ultra fédérateur qui déboule (mais qui me laisse un peu plus tiède, moins fan que je suis du rap/funk/punk/metal de Rage Against The Machine (qui sent la tête d'affiche pour 2017, non ? À voir la réaction du public aujourd'hui, ça paraît une bonne idée, en tout cas (pour les organisateurs, je veux dire, bof pour moi (je sens qu'Anne va encore m'engueuler en lisant ça ;)))


Encore quelques "vrais" titres de Disturbed ensuite, qu'on écoute maintenant avec plus d'attention, et qu'on trouve cette fois... encore moyens, et c'est l'heure du metal symphonique gracieux de Within Temptation.
Sans album à promouvoir ("Hydra" date de début 2014), WT joue sans autre contrainte que faire plaisir au public (et éventuellement vendre quelques exemplaires supplémentaires de leur disque live sorti l'année dernière ;) et attaque avec un titre d'un album que je ne connais pas, mais comme Sharon est belle et bien habillée (et que le son est, encore une fois, très bon), j'écoute et j'attends la suite. Et quelle suite ! Trois titres pour moi ("Je t'ai grillé à bien connaître", lâchera un Yves-Marie goguenard), dont le toujours surprenant "And We Run" avec le guest rappeur Xzibit, pas là pour de vrai, WT s'étant fait une spécialité des guests projetés sur écran géant en fond de scène (pour un effet pas toujours réussi, d'ailleurs).
Sauf quand arrive le très attendu "Paradise (What About Us?)", puisque Tarja Turunen, en guest sur la version studio, joue le lendemain sur cette même scène, et que le Facebook de WT n'a pas trop laissé de doute sur l'"apparition-surprise" de la ex-diva de Nightwish. À tel point que Sharon Den Adel ne trouve pas vraiment les mots pour l'annoncer, hésitant entre le "Vous-l'attendez-tous" et le "Devinez-qui-voilà!". Résultat : un vieux blanc, et une entrée un peu ratée pour Tarja. Ceci dit, même si la chanteuse de WT avait bien géré le coup, Tarja se serait très bien débrouillée toute seule pour saloper son arrivée, puisqu'elle reste la frontwoman empotée qu'elle a toujours été, sourire niais et coucous de cour de récréation. Heureusement, elle chante comme une reine (dans un genre cantatrice d'opéra que je trouve insupportable) et emporte bon gré mal gré l'adhésion du public. Joli coup quand même pour WT, qui crée l'événement, mais mauvais coup pour Tarja, que je n'irais finalement pas voir demain, découragé d'avance par ses envolées vocales de Castafiore.


On reste en place pour ne rien rater de Twisted Sister, qui jouera sur la même scène dans une heure et quelques, et on craque une oreille vers Bring Me The Horizon, le groupe de djeunes de la journée (plus d'ados aujourd'hui sur le site que d'habitude, comme pour Papa Roach en 2013), qui envoie avec fougue son metalcore qui décoiffe (et qui ne m'intéresse pas trop).
Le soir tombe, et le fameux "It's A Long Way To the Top (If You Wanna Rock n' Roll)" d'AC/DC annonce comme toujours l'entrée en scène de Twisted Sister, sur des images d'archive hautes en couleurs, qui font monter la pression dans une foule déjà chauffée à blanc. C'est que Twisted Sister s'apprête à donner là son ultime show en France, promis-juré, après c'est fini, mais pas fini comme Judas Priest (qui annonce un nouvel album aux premières dates de la tournée d'adieu) pas fini comme Scorpions (qui prolonge sa tournée d'adieu depuis... cinq ans et deux nouveaux albums studios), ou comme Ozzy (qui annonce sa retraite depuis 1991, quand même). 
Trêve de médisances, Twisted Sister n'est pas du genre à jouer les faux départs, ils tournent depuis trente ans avec seulement cinq albums dans la poche, sortis entre 1982 et 1987 (plus six best-ofs!), et donnent à chaque fois un pur moment de délire rock n' roll, avec son diable de frontman Dee Snider et ses hymnes à la gloire de leur (et notre) musique chérie ! Jugez plutôt : "You Can't Stop Rock n' Roll", "I Wanna Rock", "I Believe In Rock n' Roll", et surtout le phénoménal "We're Not Gonna Take It", que le géant blond annonce, après nous avoir fait chanté à pleins poumons, par un "I think they're ready" déjà mythique. 
Comme en 2013, à la fin du morceau, déjà rallongé à plaisir par un Dee Snider qui ne s'en lasse apparemment pas, le public en veut encore et encore, on relance le refrain, mais on rate le coche ce coup-ci en ne démarrant pas tous ensemble, et Dee Snider lui-même est obligé de recaler les troupes ("Well, that's a little uneven."). En 2013, c'est bien le public qui avait donné le tempo et le groupe avait enchaîné! Dommage, mais tellement fun de toute façon ! Encore un "I Wanna Rock" fou furieux, et une surprise nous tombe dessus : le chanteur se fait soudain humble (et c'est une entreprise qui demande de l'envergure, quand on est un tel monstre de scène) et appelle à ses côtés le vétéran Phil Campbell, guitariste légendaire de Mötorheäd, pour un "Shoot 'Em Down" dédié à Lemmy Kilmister. C'est alors un moment assez étrange qui se déroule sous nos yeux, les yeux étant tous braqués sur le petit guitariste (par la taille!), un peu embarrassé de la présence écrasante des sauvages Sisters, qui se font tous le plus sage possible (Mendoza en arrête même de claquer la gueule de son manche de basse), mais brillant d'une aura mélancolique très émouvante. Plus à l'aise sur le fondamental "Born To Raise Hell" de Mötorheäd, Phil Campbell finira sous les acclamations qu'il mérite, et qu'il reçoit autant pour sa prestation que pour son statut de frère d'armes survivant de Lemmy.


Le feu d'artifice-hommage au chanteur disparu quelques mois plus tôt arrive alors à point nommé et ce sont 50 000 personnes qui pleurent leur metal hero de la seule façon possible : en beuglant "Ace of Spades" comme des ânes désespérés. Pourtant, le moment le plus touchant est encore à venir. Après le magnifique "RIP Lemmy" en lettres de feu, la foule reprend ses esprits et a commencé à se disperser, quand une voix d'outre-tombe s'élève timidement sur le site. 
Il me faut quelques secondes (et un mouvement de foule tout en douceur) pour comprendre qu'elle provient de la main stage encore plongée dans la pénombre du feu d'artifice. Quelques lumières de scènes, un projecteur respectueux, et Phil Campbell apparaît, au milieu des roadies de Twisted Sister qui s'arrêtent bientôt de démonter le set, et comme nous, s'approchent pour écouter un homme pleurer son copain.
Et je pleure avec lui.
Après ça, Korn peut bien aller se faire foutre.
A demain.