lundi 2 mars 2026

JOUR 13 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : ESCLAVAGISTES ET ABOLITIONNISTES

BORDER RIVER, de George Sherman (1954)

Un western assez étonnant, mettant en scène des personnages et situations qu'on a peu l'habitude de voir : ce sont les derniers soubresauts de la guerre de sécession, la défaite se profile pour le sud esclavagiste, un gros tas d'or a été volé aux nordistes et va arriver au Mexique. De là, on s'attendrait à la trame classique du soldat bleu venu récupérer le trésor, en aidant au passage les braves de Juarez à reprendre le pays et en séduisant une riche señorita qu'il laissera inconsolable quand son devoir se rappellera à lui. Et ben, là, tout faux : le héros est un sudiste qui ne croit plus à la victoire mais qui ne peut renoncer à acheter les armes et munitions qui ne changeront rien ; le Mexique est ici aux mains d'un presidente félon et jovial qui se joue de Juarez comme de l'empereur Maximilien ; la señorita est bien là, mais elle tient tête à tout le monde, défie les amours potentiels et rêve d'ailleurs. À cela s'ajoute un surprenant combat final dans les sables mouvants, ni pour l'or ni pour les yeux de la belle ni pour rien d'autre qu'être le dernier en vie. Dommage que Joel McCrae, parfois très bien (La fille du désert, de Raoul Walsh, Coups de feu dans la sierra, de Sam Peckinpah) soit ici bien falot face à un Pedro Armendariz en général d'opérette assez nuancé, et surtout à la torride Yvonne de Carlo, qui embrase le film à chaque apparition.

MANDINGO, de Richard Fleischer (1975)

Un film sauvage et révoltant, racontant avec crudité et sincérité les sévices subis par les esclaves dans la Louisiane pré-guerre de sécession, et mettant en scène des personnages noirs bouleversants de dignité.

Un discours engagé et sans concession sur un monde effarant d'injustice et d'inhumanité, gangrené d'immoralité et de perversité, dont la fin arrive inéluctablement : Cicero, révolté sacrifié, et Hammond Maxwell, progressiste et traditionnaliste à la fois, incarnent chacun à leur manière ce nouveau monde qu'il faudra (re)conquérir.

On n'avait jamais vu ça sur un écran, c'était sacrément audacieux de le montrer aussi radicalement en 1975, ça a évidemment fait scandale, mais ça inspirera Quentin Tarantino pour Django unchained et Steve McQueen pour 12 years a slave. Les États-Unis étaient enfin prêts à regarder leur Histoire en face, puisque le premier reçoit l'oscar du meilleur scénario et son plus grand succès commercial, le second ceux des meilleurs film et réalisateur.

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