Je marche seul
mercredi 4 mars 2026
mardi 3 mars 2026
JOUR 15 : TRIPLE FEATURE
TRIPLE FEATURE : PARCE QU'IL FAUT BIEN (trouver une raison d') EN FINIR
LA RIVIÈRE DE LA POUDRE, de Luis King (1953)
Vu, revu et re-revu au siècle dernier, je n'en avais gardé qu'un seul souvenir: le fabuleux ceinturon avec étui au genou, confectionné et décoré à l'indienne du pistolero. Autant dire juste un souvenir d'enfant pim-pam-poum (je m'étais fabriqué le même avec mes ceintures et hoslter en cuir), et donc probablement un tout petit film, avec un acteur oublié (Rory Calhoun, le fourbe fiancé de Marilyn dans Rivière sans retour) et un réalisateur inconnu (Louis King, quelqu'un ?). Alors ? Alors pas du tout ! C'est un formidable film, très bien écrit, et rempli d'excellentes idées (inspiré de l'œuvre du romancier/scénariste Stuart N. Lake, également biographe crédule de la crapule Wyatt Earp): le docteur/pistolero atteint d'une tumeur au cerveau et qui cherche désormais une raison de se faire tuer, le shérif à la réputation d'intouchable et qui refuse désormais de porter un colt, les deux inéluctablement promis à se retrouver face à face, et le duel tant attendu (à la fois véritable climax : le shérif bouclera son ceinturon / le pistolero au ceinturon mythique dégainera pour la seule et unique fois du film ; mais aussi rendez-vous sans gloire ni prestige, dans une contre-allée sans témoin) sera également plein de surprises. Et les personnages féminins, à la posture classique (la tenancière de saloon un peu vulgaire ; la jeune fille de l'Est un peu perdue) sont aussi bien joliment et subtilement dessinés. Un vrai chef-d'œuvre méconnu !
Un beau dernier tour de piste pour la vieille bête meurtrie John Rambo, pour un film très respectueux du personnage cocréé par le romancier David Morell et le scénariste/interprète Sylvester Stallone, encore une fois ultra-violent, incontrôlable et traumatisé, et plus touchant encore que d'ordinaire, parce qu'il a cru pouvoir s'inventer un présent en famille et le protéger de la sauvagerie du monde. Film émouvant et sanglant, aux allures de testament, Rambo : Last Blood est un adieu réussi à un personnage mythique.
IMPITOYABLE, de Clint Eastwood (1992)
Le chef-d'œuvre crépusculaire de Clint Eastwood, le film qui a changé pour toujours le western de cinéma, défiant et sabordant les clichés du western pour mieux le désacraliser et en faire enfin un genre historique. Finis les duels au soleil, les chevauchées fantastiques et les hommes aux colts d'or, place aux gunfighters sadiques, traumatisés, alcooliques, bigleux, prisonniers des cauchemars d'un Ouest qui sent la charogne et le mensonge. De passage à tabac sadique sous un soleil transpirant en tuerie chaotique sous une pluie de jugement dernier, d'exécution sommaire sur le trou à merde en torture à coups de fouet, l'Ouest légendaire d'Impitoyable fait mal et s'abîme dans la nuit, sans espoir de rédemption. Quand la légende devient réalité, Clint filme la réalité.
JOUR 14 : TRIPLE FEATURE
TRIPLE FEATURE : UN CONTRE TOUS, TOUS CONTRE UN
RAMBO, de Ted Kotcheff (1982)
Je le regarde pour la première fois en version originale (non-sous-titrée, je le connais par cœur en version française) pour entendre enfin les vrais (et bouleversants) pleurnichements d'enfant martyr et glapissements d'animal blessé de Sylvester Stallone, ici au sommet de son jeu de bête sauvage et désespérée.
JOSEY WALES, HORS-LA-LOI, de Clint Eastwood (1976)
JOHN WICK 4, de Chad Stahelski (2023)
L'ultime chapitre de la saga John Wick est aussi le plus dément, le plus bouleversant et le plus mythologique. Un film fou, furieux et désespéré comme une danse de mort, en mode metal alternatif, et par toutes les armes possibles, du katana au pistolet TTI Pit Viper, du nunchaku au fusil mitrailleur, en passant par un pistolet de duel vintage et un fusil à balles explosives délirant.
lundi 2 mars 2026
JOUR 13 : DOUBLE FEATURE
DOUBLE FEATURE : ESCLAVAGISTES ET ABOLITIONNISTES
BORDER RIVER, de George Sherman (1954)Un western assez étonnant, mettant en scène des personnages et situations qu'on a peu l'habitude de voir : ce sont les derniers soubresauts de la guerre de sécession, la défaite se profile pour le sud esclavagiste, un gros tas d'or a été volé aux nordistes et va arriver au Mexique. De là, on s'attendrait à la trame classique du soldat bleu venu récupérer le trésor, en aidant au passage les braves de Juarez à reprendre le pays et en séduisant une riche señorita qu'il laissera inconsolable quand son devoir se rappellera à lui. Et ben, là, tout faux : le héros est un sudiste qui ne croit plus à la victoire mais qui ne peut renoncer à acheter les armes et munitions qui ne changeront rien ; le Mexique est ici aux mains d'un presidente félon et jovial qui se joue de Juarez comme de l'empereur Maximilien ; la señorita est bien là, mais elle tient tête à tout le monde, défie les amours potentiels et rêve d'ailleurs. À cela s'ajoute un surprenant combat final dans les sables mouvants, ni pour l'or ni pour les yeux de la belle ni pour rien d'autre qu'être le dernier en vie. Dommage que Joel McCrae, parfois très bien (La fille du désert, de Raoul Walsh, Coups de feu dans la sierra, de Sam Peckinpah) soit ici bien falot face à un Pedro Armendariz en général d'opérette assez nuancé, et surtout à la torride Yvonne de Carlo, qui embrase le film à chaque apparition.
Un film sauvage et révoltant, racontant avec crudité et sincérité les sévices subis par les esclaves dans la Louisiane pré-guerre de sécession, et mettant en scène des personnages noirs bouleversants de dignité.
Un discours engagé et sans concession sur un monde effarant d'injustice et d'inhumanité, gangrené d'immoralité et de perversité, dont la fin arrive inéluctablement : Cicero, révolté sacrifié, et Hammond Maxwell, progressiste et traditionnaliste à la fois, incarnent chacun à leur manière ce nouveau monde qu'il faudra (re)conquérir.
On n'avait jamais vu ça sur un écran, c'était sacrément audacieux de le montrer aussi radicalement en 1975, ça a évidemment fait scandale, mais ça inspirera Quentin Tarantino pour Django unchained et Steve McQueen pour 12 years a slave. Les États-Unis étaient enfin prêts à regarder leur Histoire en face, puisque le premier reçoit l'oscar du meilleur scénario et son plus grand succès commercial, le second ceux des meilleurs film et réalisateur.
dimanche 1 mars 2026
JOUR 12 : DOUBLE FEATURE
DOUBLE FEATURE : ALLER-RETOUR ENTRE RÉALITÉ ET FICTION
COOL WORLD, de Ralph Bakshi (1992)Incroyable de trouver dans ce film loufoque et déjanté un Brad Pitt tout jeunot, costard et coupe fifties, même pas encore les pieds dans la rivière qui coule au milieu (le film de Robert Redford sortira la même année et éclipsera totalement cet autre premier rôle) ! Il y incarne un ex-G.I. démobilisé en 1945, aspiré malgré lui dans un monde de cartoons, reconverti en flic de la brigade anti-sexe entre humain (les noids) et cartoon (les doodles) et chargé depuis cinquante ans de protéger la frontière entre les deux mondes. À ses côtés, Kim Basinger joue la vamp délurée et décérébrée, entre Vicky Vale et Jessica Rabbit, et tient l'équilibre du ridicule et du sensuel avec charme et conviction. Un petit film fou-fou, assez singulier sans être vraiment mémorable et qui vaut surtout pour la présence inattendue et réjouissante de ces ex et/ou futures stars.
Le meilleur rôle d'Arnold Schwarzenegger, qui réussit le tour de force de jouer dans le même film le héros indestructible dans le monde hollywoodien, le héros ébranlé et fragilisé dans le monde réel, son propre rôle à la première du film, le tout avec une ironie et une conviction également remarquables et savoureuses. Il parvient même à créer une véritable émotion quand il prend conscience de sa condition de personnage de fiction, dont les chagrins et les échecs qui le hantent ne sont qu'imaginaires ; avant, bien sûr, de tout refaire péter !













