DOUBLE FEATURE : FANTASY
LE DRAGON DU LAC DE FEU, de Matthew Robbins (1981)
Un film de fantasy de la période Dark Disney, en prises de vues réelles, en partenariat avec Paramount, auréolé d'une déclaration d'amour de Guillermo Del Toro. De bons augures, mais je suis un peu échaudé par le lamentable Taram et le chaudron magique, autre "fleuron" Dark Disney à la mauvaise réputation finalement très méritée et à la réhabilitation très contestable : animation médiocre, doublage épouvantable, histoire incohérente et dialogues ineptes. Alors, au moment de choisir de regarder le DVD assez rare et assez cher de Dragonslayer, je me méfie quand même un peu.
Mais ouf, c'est une belle réussite, au moins aussi formidable que Willow, qui lui empruntera quelques années plus tard une part conséquente de ses bonnes idées : l'apprenti magicien maladroit et finalement héroïque, le guerrier courageux et ambivalent, la quête semée d'embûches cocasses et trépidantes. Mais comme c'est du Dark Disney, et qu'ils étaient complètement fous à ce moment-là, ils y vont plus fort que le gentil George Lucas dans Willow : le grand sorcier est un vieillard à la puissance douteuse, le compagnon du héros, un vieux bonhomme grincheux et sympathique (Sydney Bromley, le spécialiste des oracles sudériens de L'histoire sans fin), est froidement abattu quatre minutes après le départ de la quête, la princesse livrée au dragon n'est pas sauvée au dernier moment, mais est tuée et dévorée par des dragonneaux répugnants et baveux, et les braves villageois païens deviennent des chrétiens fanatiques parce qu'ils espèrent que ce Dieu unique sera moins cruel que les anciennes divinités et créatures magiques. Whaou ! Ça, c'est du Dark Disney !
Reste l'appréhension des effets spéciaux du dragon. Un film de dragon avec un dragon raté est un film de dragon raté. Évidemment. Il se fait longtemps attendre, et c'est une très bonne chose : tout le monde sait que plus on attendra le monstre, plus le plaisir de le découvrir sera grand ; mais il doit être d'autant plus réussi. Ouf, encore ! Le dragon, crée et animé par les immenses Dennis Murren (qui animera bientôt le T-1000 et les dinosaures de Jurassic Park et Phil Tippett (qui animera bientôt le Rankor du Retour du Jedi et le dragon bicéphale de... Willow); est une merveille.
Et on y trouvera aussi d'autres fantastiques idées, assez avant-gardistes (on est en 1981) : le jeune homme qui mène la délégation jusqu'au sorcier est en réalité une jeune femme, que son père déguise en garçon depuis sa naissance pour qu'elle échappe au tirage au sort du sacrifice de la vierge au dragon ; elle fait l'amour avec le héros pour ne plus être vierge ; quand la fille du roi réalise que son père ne la faisait pas participer au tirage au sort, elle en truque le résultat pour être choisie, se sacrifie pour son peuple, et... finit donc dévorée. Whaou, encore !
Merci, Guillermo Del Toro.
LE FEU ET LA GLACE, de Ralph Bakshi (1982)Pas d'appréhension sur celui-ci : le design des personnages est signé Frank Frazetta, ce qui promet des femmes voluptueuses et des hommes musclés, la mise en scène est signée Ralph Bakshi, ce qui promet une animation magique et des décors splendides, l'histoire est signée par les deux artistes, deux génies dans leur genre, ce qui promet de la fantasy poétique, violente et sexy.
Mission accomplie, c'est une merveille de fantasy et d'animation, mention spéciale à Dark Wolf, ultime barbare badass, aux motivations mystérieuses, à la puissance surhumaine et à l'héroïsme sauvage. La preuve que c'est le meilleur personnage, ce n'est pas lui qui part avec la princesse à la fin.












