dimanche 1 mars 2026

JOUR 12 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : ALLER-RETOUR ENTRE RÉALITÉ ET FICTION

COOL WORLD, de Ralph Bakshi (1992)

Incroyable de trouver dans ce film loufoque et déjanté un Brad Pitt tout jeunot, costard et coupe fifties, même pas encore les pieds dans la rivière qui coule au milieu (le film de Robert Redford sortira la même année et éclipsera totalement cet autre premier rôle) ! Il y incarne un ex-G.I. démobilisé en 1945, aspiré malgré lui dans un monde de cartoons, reconverti en flic de la brigade anti-sexe entre humain (les noids) et cartoon (les doodles) et chargé depuis cinquante ans de protéger la frontière entre les deux mondes. À ses côtés, Kim Basinger joue la vamp délurée et décérébrée, entre Vicky Vale et Jessica Rabbit, et tient l'équilibre du ridicule et du sensuel avec charme et conviction. Un petit film fou-fou, assez singulier sans être vraiment mémorable et qui vaut surtout pour la présence inattendue et réjouissante de ces ex et/ou futures stars.

LAST ACTION HERO, de John McTiernan (1993)

Le meilleur rôle d'Arnold Schwarzenegger, qui réussit le tour de force de jouer dans le même film le héros indestructible dans le monde hollywoodien, le héros ébranlé et fragilisé dans le monde réel, son propre rôle à la première du film, le tout avec une ironie et une conviction également remarquables et savoureuses. Il parvient même à créer une véritable émotion quand il prend conscience de sa condition de personnage de fiction, dont les chagrins et les échecs qui le hantent ne sont qu'imaginaires ; avant, bien sûr, de tout refaire péter !

samedi 28 février 2026

JOUR 11 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : LE RETOUR DU FRÈRE PRODIGUE

THE INDIAN RUNNER, de Sean Penn (1991)

Inspiré par la chanson "Highway Patrolman" de Bruce Springsteen, le premier film de réalisateur de Sean Penn est le récit bouleversant d'un homme qui n'arrive pas à trouver le bon en lui. Et rien ne pourra le délivrer de cette noirceur insondable qui l'empoisonne depuis toujours, et dont on ne saura jamais vraiment s'il attend qu'elle l'engloutisse ou s'il la combat sans illusion. Sean Penn, metteur en scène explicitement inspiré de John Cassavetes (le film lui est dédié) parvient à capter sur pellicule une vérité humaine sans fard et sans artifice. En Frank Roberts, Viggo Mortensen, dix ans avant Aragorn, s'offre corps et âme ; tour à tour désarmant, inquiétant, fragile, brutal, touchant, détestable, bref tragiquement humain et inéluctablement désespéré.

David Morse, en brave type désemparé, Patricia Arquette en gourde attendrissante, Valeria Golino en épouse pragmatique sont remarquables aussi.

COMME UN TORRENT, de Vincente Minnelli (1958)

Par bien des aspects, David Hirsch est semblable à Frank Roberts : exilé plus ou moins volontaire d'une ville natale qu'il ne veut ni reconnaître ni retrouver, après des années d'absence entre alcool, parties de poker, et peut-être prison, il revient en soldat démobilisé, désœuvré et désespéré. Les rancœurs et les jalousies sont toujours là, et, à trop vouloir croire en l'amour toxique d'une jeune professeure de lettres, à la fois fascinée  et révulsée, il sombrera lui aussi dans cette médiocrité qu'il a tant voulu fuir, et ne verra jamais l'amour simple et vrai de cette gourde attendrissante de Ginny — Shirley MacLaine est renversante —, qui l'aurait sauvé et dont elle mourra.

jeudi 26 février 2026

JOUR 9 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : SUPER-HÉROS ENTRE RÊVE ET CAUCHEMAR

SUPERMAN, de James Gunn (2025)

Déjà aux commandes des formidables Suicide Squad (celui sans Will Smith, merci) et The Peacemaker, James Gunn continue d'imprimer son empreinte d'auteur sur un univers DC qui n'attendait que ça. Dès les premières minutes, il réinvente le "film de Superman" en nous épargnant le récit des origines, puis en balançant le personnage, vaincu et fracassé, aux portes de sa forteresse de solitude, avant de désamorcer immédiatement la tension avec le super-chien Krypto, qui va le traîner par la cape, pour une scène aussi ridicule que touchante. C'est, en quelques mots et quelques plans, l'inimitable James Gunn's touch : cet équilibre casse-gueule d'héroïsme maladroit, de punchlines irrésistibles, d'action fulgurante, le tout raconté avec une tendresse et une sincérité évidentes et communicatives, en pleine confiance et complicité avec le public. 

MATRIX RESURRECTIONS, de Lana Wachowski (2021)

Quelle nouvelle histoire raconter, alors qu'il y a vingt ans de cela, la trilogie historique se concluait avec la victoire de Néo et Trinity sur la Matrice, au prix du sacrifice de leur vie ? Tout simplement, la seule qui en vaille la peine, la même depuis toujours : celle de deux êtres que rien ne peut séparer, pas même la mort. Égarés dans une réalité qui serait celle de la fameuse trilogie qui n'aurait été qu'un jeu vidéo, inversant et recréant vraie fiction et fausse fiction dans un maelstrom pirandellien, Néo et Trinity se reconnaissent sans oser se l'avouer, s'approchent sans oser y croire, et rêvent qu'ils sont ce qu'ils étaient, et craignent de n'être pas vraiment ni là ni eux. C'est magique, fascinant, bouleversant, c'est explosif, fou furieux, exaltant, c'est incompréhensible et limpide à la fois, et c'est pour ça qu'on aime Matrix.

mercredi 25 février 2026

JOUR 7 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : Détours clairs-obscurs de l'âme humaine

DÉSIRS HUMAINS, de Fritz Lang (1954)

Dans son précédent film, le furieux Règlement de comptes, Fritz Lang réunissait déjà Glenn Ford et Gloria Grahame, mais ils ne faisaient que se frôler, l'un et l'autre pris dans la tourmente d'un récit policier de vengeance, de violence et de traumatismes, mais laissant deviner une alchimie incendiaire dont le réalisateur va souffler le brasier dans ce nouveau film.

Comme toujours obsédé par la noirceur et la fatalité des pulsions humaines, Fritz Lang les regarde sombrer dans une passion autodestructrice, tout en romantisme ténébreux et espoir mensonger, et ausculte ces "désirs humains" comme un prélude inéluctable à l'abandon et au regret.


LA SOIF DU MAL, d'Orson Welles (1958)

Racisme, corruption, manipulation, alcoolisme, brutalité, Orson Welles ne se refuse aucune ignominie pour incarner son personnage de flic adipeux et repoussant, ogre boiteux et damné, que ne sauveront ni l'amour trouble de son collègue crédule et fasciné, ni la protection dérisoire de la cartomancienne vénéneuse et ensorcelée.

Dans une mise en scène inspirée (contre-plongées, plan-séquence) et sur une histoire policière futée mais volontairement cannibalisée par la déchéance de son personnage principal, La soif du mal explore les tréfonds nauséabonds de l'âme humaine, là où l'amour et la lumière ne peuvent que renoncer, atterrés et vaincus.

JOUR 6 : DOUBLE FEATURE

 DOUBLE FEATURE : POURSUITE ORGANISÉE ET INSENSÉE

DEATH RACE 2000, de Paul Batel (1975)

Pamphlet violent et politique, farce baroque et sensuelle, satire de la société du spectacle et de la consommation, "Death Race 2000" est une sorte de Running Man en voiture de course customisées et léthales, pleine de surprises et de fun, et, in fine, optimiste et romantique. Un tout petit budget, exploité au maximum par le génie de la pellicule en bouts de ficelle Roger Corman, et compensé par le charisme désuet de David Carradine, par encore Bill pour Tarantino, et la vanité gueularde de Sylvester Stallone, pas encore Rocky pour Avildsen.




JOHN WICK 3 : PARABELLUM, de Chad Stahelski (2019)

Le plus baroque des John Wick, de l'armurerie vintage (un colt à assembler pour ne tirer qu'une seule cartouche ; de vertigineux lancers d'armes blanches de toutes les sortes dans tous les sens) à la galerie secrète des glaces, à la fois palais royal high-tech et attraction de fête foraine léthale, dans laquelle on disparaît et réapparaît comme des spectres de fureur et de sang. Et encore et toujours, cette présence fascinante et laconique, mystique et christique de Keanu Reeves, éternel héros égaré et déifié.


dimanche 22 février 2026

JOUR 5 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : FANTASY    

LE DRAGON DU LAC DE FEU, de Matthew Robbins (1981)

Un film de fantasy de la période Dark Disney, en prises de vues réelles, en partenariat avec Paramount, auréolé d'une déclaration d'amour de Guillermo Del Toro. De bons augures, mais je suis un peu échaudé par le lamentable Taram et le chaudron magique, autre "fleuron" Dark Disney à la mauvaise réputation finalement très méritée et à la réhabilitation très contestable : animation médiocre, doublage épouvantable, histoire incohérente et dialogues ineptes. Alors, au moment de choisir de regarder le DVD assez rare et assez cher de Dragonslayer, je me méfie quand même un peu.

Mais ouf, c'est une belle réussite, au moins aussi formidable que Willow, qui lui empruntera quelques années plus tard une part conséquente de ses bonnes idées : l'apprenti magicien maladroit et finalement héroïque, le guerrier courageux et ambivalent, la quête semée d'embûches cocasses et trépidantes. Mais comme c'est du Dark Disney, et qu'ils étaient complètement fous à ce moment-là, ils y vont plus fort que le gentil George Lucas dans Willow : le grand sorcier est un vieillard à la puissance douteuse, le compagnon du héros, un vieux bonhomme grincheux et sympathique (Sydney Bromley, le spécialiste des oracles sudériens de L'histoire sans fin), est froidement abattu quatre minutes après le départ de la quête, la princesse livrée au dragon n'est pas sauvée au dernier moment, mais est tuée et dévorée par des dragonneaux répugnants et baveux, et les braves villageois païens deviennent des chrétiens fanatiques parce qu'ils espèrent que ce Dieu unique sera moins cruel que les anciennes divinités et créatures magiques. Whaou ! Ça, c'est du Dark Disney !

Reste l'appréhension des effets spéciaux du dragon. Un film de dragon avec un dragon raté est un film de dragon raté. Évidemment. Il se fait longtemps attendre, et c'est une très bonne chose : tout le monde sait que plus on attendra le monstre, plus le plaisir de le découvrir sera grand ; mais il doit être d'autant plus réussi. Ouf, encore ! Le dragon, crée et animé par les immenses Dennis Murren (qui animera bientôt le T-1000 et les dinosaures de Jurassic Park et Phil Tippett (qui animera bientôt le Rankor du Retour du Jedi et le dragon bicéphale de... Willow); est une merveille.

Et on y trouvera aussi d'autres fantastiques idées, assez avant-gardistes (on est en 1981) : le jeune homme qui mène la délégation jusqu'au sorcier est en réalité une jeune femme, que son père déguise en garçon depuis sa naissance pour qu'elle échappe au tirage au sort du sacrifice de la vierge au dragon ; elle fait l'amour avec le héros pour ne plus être vierge ; quand la fille du roi réalise que son père ne la faisait pas participer au tirage au sort, elle en truque le résultat pour être choisie, se sacrifie pour son peuple, et... finit donc dévorée. Whaou, encore !

Merci, Guillermo Del Toro.

LE FEU ET LA GLACE, de Ralph Bakshi (1982)

Pas d'appréhension sur celui-ci : le design des personnages est signé Frank Frazetta, ce qui promet des femmes voluptueuses et des hommes musclés, la mise en scène est signée Ralph Bakshi, ce qui promet une animation magique et des décors splendides, l'histoire est signée par les deux artistes, deux génies dans leur genre, ce qui promet de la fantasy poétique, violente et sexy.

Mission accomplie, c'est une merveille de fantasy et d'animation, mention spéciale à Dark Wolf, ultime barbare badass, aux motivations mystérieuses, à la puissance surhumaine et à l'héroïsme sauvage. La preuve que c'est le meilleur personnage, ce n'est pas lui qui part avec la princesse à la fin.

samedi 21 février 2026

JOUR 4 : DOUBLE FEATURE

 DOUBLE FEATURE : BADASS ET VENGERESSE ET TARANTINESQUE

FOXY BROWN, de Jack Hill (1974)

Un an après Coffy, le réalisateur Jack Hill filme à nouveau la sublime Pam Grier dans un polar vengeur et rageur. Coffy devient Foxy, mais le personnage reste le même : une brave fille du ghetto, fière et amoureuse, puis meurtrie et tourmentée jusqu'à l'inévitable et sauvage vengeance. Elle est d'une classe irréelle, comme si chaque mouvement et chaque mot lui étaient inspirés par les dieux. À défaut d'être une grande actrice, Pam Grier brûle la pellicule de sa présence incendiaire, et incarne comme personne la révolte, l'amour, l'espoir d'un peuple afro-américain toujours frappé de l'opprobre d'un néo-esclavagisme qui ose ici dire explicitement son nom : l'addiction à la drogue, qui englue les Noirs du ghetto dans un désespoir fatal.




LADY SNOWBLOOD : LOVE SONG FOR A VENGEANCE (1974)

Inspiré d'un classique du manga, sanglant et élégant, Lady Snowblood : Love Song of Vengeance est un chambara poétique et politique, habité par un magnifique personnage féminin : née en prison d'une mère prostituée injustement incarcérée, Yuki devient une tueuse à gages insaisissable, invincible et impitoyable, qui met son sabre au service des faibles, des démunis et des bafoués, en attendant de trouver justice pour elle-même. Meiko Kaji lui prête sa grâce diaphane et son regard hanté, et transcende un film riche de magnifiques idées de mise en scène (l'ouverture en plan-séquence, Yuki marchant face caméra sur un chemin dans un cimetière, suivie par des sabreurs innombrables, qui n'attaquent qu'en panique et dont elle se débarrasse coup par coup, le regard ailleurs et la démarche hésitante ; le combat dans l'escalier, en plan fixe, au début duquel elle apparaît au sommet, comme une divinité venue rendre sa justice sanguinaire) et de cadrage (la scène de capture sur la plage).


Au-delà de ces moments magiques et mémorables, et comme souvent dans le cinéma japonais, le film est alourdi par les autres personnages, qui surjouent des scènes de pesants dialogues de colère, de menaces et de projet de revanche, ou qui n'en finissent pas de mourir dans des gargouillis grotesques et des chutes ridicules.