mercredi 25 février 2026

JOUR 7 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : Détours clairs-obscurs de l'âme humaine

DÉSIRS HUMAINS, de Fritz Lang (1954)

Dans son précédent film, le furieux Règlement de comptes, Fritz Lang réunissait déjà Glenn Ford et Gloria Grahame, mais ils ne faisaient que se frôler, l'un et l'autre pris dans la tourmente d'un récit policier de vengeance, de violence et de traumatismes, mais laissant deviner une alchimie incendiaire dont le réalisateur va souffler le brasier dans ce nouveau film.

Comme toujours obsédé par la noirceur et la fatalité des pulsions humaines, Fritz Lang les regarde sombrer dans une passion autodestructrice, tout en romantisme ténébreux et espoir mensonger, et ausculte ces "désirs humains" comme un prélude inéluctable à l'abandon et au regret.


LA SOIF DU MAL, d'Orson Welles (1958)

Racisme, corruption, manipulation, alcoolisme, brutalité, Orson Welles ne se refuse aucune ignominie pour incarner son personnage de flic adipeux et repoussant, ogre boiteux et damné, que ne sauveront ni l'amour trouble de son collègue crédule et fasciné, ni la protection dérisoire de la cartomancienne vénéneuse et ensorcelée.

Dans une mise en scène inspirée (contre-plongées, plan-séquence) et sur une histoire policière futée mais volontairement cannibalisée par la déchéance de son personnage principal, La soif du mal explore les tréfonds nauséabonds de l'âme humaine, là où l'amour et la lumière ne peuvent que renoncer, atterrés et vaincus.

JOUR 6 : DOUBLE FEATURE

 DOUBLE FEATURE : POURSUITE ORGANISÉE ET INSENSÉE

DEATH RACE 2000, de Paul Batel (1975)

Pamphlet violent et politique, farce baroque et sensuelle, satire de la société du spectacle et de la consommation, "Death Race 2000" est une sorte de Running Man en voiture de course customisées et léthales, pleine de surprises et de fun, et, in fine, optimiste et romantique. Un tout petit budget, exploité au maximum par le génie de la pellicule en bouts de ficelle Roger Corman, et compensé par le charisme désuet de David Carradine, par encore Bill pour Tarantino, et la vanité gueularde de Sylvester Stallone, pas encore Rocky pour Avildsen.




JOHN WICK 3 : PARABELLUM, de Chad Stahelski (2019)

Le plus baroque des John Wick, de l'armurerie vintage (un colt à assembler pour ne tirer qu'une seule cartouche ; de vertigineux lancers d'armes blanches de toutes les sortes dans tous les sens) à la galerie secrète des glaces, à la fois palais royal high-tech et attraction de fête foraine léthale, dans laquelle on disparaît et réapparaît comme des spectres de fureur et de sang. Et encore et toujours, cette présence fascinante et laconique, mystique et christique de Keanu Reeves, éternel héros égaré et déifié.


dimanche 22 février 2026

JOUR 5 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : FANTASY    

LE DRAGON DU LAC DE FEU, de Matthew Robbins (1981)

Un film de fantasy de la période Dark Disney, en prises de vues réelles, en partenariat avec Paramount, auréolé d'une déclaration d'amour de Guillermo Del Toro. De bons augures, mais je suis un peu échaudé par le lamentable Taram et le chaudron magique, autre "fleuron" Dark Disney à la mauvaise réputation finalement très méritée et à la réhabilitation très contestable : animation médiocre, doublage épouvantable, histoire incohérente et dialogues ineptes. Alors, au moment de choisir de regarder le DVD assez rare et assez cher de Dragonslayer, je me méfie quand même un peu.

Mais ouf, c'est une belle réussite, au moins aussi formidable que Willow, qui lui empruntera quelques années plus tard une part conséquente de ses bonnes idées : l'apprenti magicien maladroit et finalement héroïque, le guerrier courageux et ambivalent, la quête semée d'embûches cocasses et trépidantes. Mais comme c'est du Dark Disney, et qu'ils étaient complètement fous à ce moment-là, ils y vont plus fort que le gentil George Lucas dans Willow : le grand sorcier est un vieillard à la puissance douteuse, le compagnon du héros, un vieux bonhomme grincheux et sympathique (Sydney Bromley, le spécialiste des oracles sudériens de L'histoire sans fin), est froidement abattu quatre minutes après le départ de la quête, la princesse livrée au dragon n'est pas sauvée au dernier moment, mais est tuée et dévorée par des dragonneaux répugnants et baveux, et les braves villageois païens deviennent des chrétiens fanatiques parce qu'ils espèrent que ce Dieu unique sera moins cruel que les anciennes divinités et créatures magiques. Whaou ! Ça, c'est du Dark Disney !

Reste l'appréhension des effets spéciaux du dragon. Un film de dragon avec un dragon raté est un film de dragon raté. Évidemment. Il se fait longtemps attendre, et c'est une très bonne chose : tout le monde sait que plus on attendra le monstre, plus le plaisir de le découvrir sera grand ; mais il doit être d'autant plus réussi. Ouf, encore ! Le dragon, crée et animé par les immenses Dennis Murren (qui animera bientôt le T-1000 et les dinosaures de Jurassic Park et Phil Tippett (qui animera bientôt le Rankor du Retour du Jedi et le dragon bicéphale de... Willow); est une merveille.

Et on y trouvera aussi d'autres fantastiques idées, assez avant-gardistes (on est en 1981) : le jeune homme qui mène la délégation jusqu'au sorcier est en réalité une jeune femme, que son père déguise en garçon depuis sa naissance pour qu'elle échappe au tirage au sort du sacrifice de la vierge au dragon ; elle fait l'amour avec le héros pour ne plus être vierge ; quand la fille du roi réalise que son père ne la faisait pas participer au tirage au sort, elle en truque le résultat pour être choisie, se sacrifie pour son peuple, et... finit donc dévorée. Whaou, encore !

Merci, Guillermo Del Toro.

LE FEU ET LA GLACE, de Ralph Bakshi (1982)

Pas d'appréhension sur celui-ci : le design des personnages est signé Frank Frazetta, ce qui promet des femmes voluptueuses et des hommes musclés, la mise en scène est signée Ralph Bakshi, ce qui promet une animation magique et des décors splendides, l'histoire est signée par les deux artistes, deux génies dans leur genre, ce qui promet de la fantasy poétique, violente et sexy.

Mission accomplie, c'est une merveille de fantasy et d'animation, mention spéciale à Dark Wolf, ultime barbare badass, aux motivations mystérieuses, à la puissance surhumaine et à l'héroïsme sauvage. La preuve que c'est le meilleur personnage, ce n'est pas lui qui part avec la princesse à la fin.

samedi 21 février 2026

JOUR 4 : DOUBLE FEATURE

 DOUBLE FEATURE : BADASS ET VENGERESSE ET TARANTINESQUE

FOXY BROWN, de Jack Hill (1974)

Un an après Coffy, le réalisateur Jack Hill filme à nouveau la sublime Pam Grier dans un polar vengeur et rageur. Coffy devient Foxy, mais le personnage reste le même : une brave fille du ghetto, fière et amoureuse, puis meurtrie et tourmentée jusqu'à l'inévitable et sauvage vengeance. Elle est d'une classe irréelle, comme si chaque mouvement et chaque mot lui étaient inspirés par les dieux. À défaut d'être une grande actrice, Pam Grier brûle la pellicule de sa présence incendiaire, et incarne comme personne la révolte, l'amour, l'espoir d'un peuple afro-américain toujours frappé de l'opprobre d'un néo-esclavagisme qui ose ici dire explicitement son nom : l'addiction à la drogue, qui englue les Noirs du ghetto dans un désespoir fatal.




LADY SNOWBLOOD : LOVE SONG FOR A VENGEANCE (1974)

Inspiré d'un classique du manga, sanglant et élégant, Lady Snowblood : Love Song of Vengeance est un chambara poétique et politique, habité par un magnifique personnage féminin : née en prison d'une mère prostituée injustement incarcérée, Yuki devient une tueuse à gages insaisissable, invincible et impitoyable, qui met son sabre au service des faibles, des démunis et des bafoués, en attendant de trouver justice pour elle-même. Meiko Kaji lui prête sa grâce diaphane et son regard hanté, et transcende un film riche de magnifiques idées de mise en scène (l'ouverture en plan-séquence, Yuki marchant face caméra sur un chemin dans un cimetière, suivie par des sabreurs innombrables, qui n'attaquent qu'en panique et dont elle se débarrasse coup par coup, le regard ailleurs et la démarche hésitante ; le combat dans l'escalier, en plan fixe, au début duquel elle apparaît au sommet, comme une divinité venue rendre sa justice sanguinaire) et de cadrage (la scène de capture sur la plage).


Au-delà de ces moments magiques et mémorables, et comme souvent dans le cinéma japonais, le film est alourdi par les autres personnages, qui surjouent des scènes de pesants dialogues de colère, de menaces et de projet de revanche, ou qui n'en finissent pas de mourir dans des gargouillis grotesques et des chutes ridicules. 


vendredi 20 février 2026

JOUR 2 : Double Feature

DOUBLE FEATURE : 

SING OR DANCE YOUR LIFE AWAY / CHANTER OU DANSER POUR SA VIE   

LES RUES DE FEU, de Walter Hill (1984)

Dans un quartier new-yorkais ressemblant à un Brooklyn des années 50 (vestes en cuir craquantes, Cadillac décapotables, Harley-Davidson rugissantes, diner poisseux) plongé dans post-western apocalyptique de feu et de pluie, un héros rebelle et redresseur de torts, rescapé et traumatisé d'une guerre inconnue, et une merveilleuse rock-star, femme-enfant adulée et égarée, se cherchent et se perdent, s'échappent et s'écharpent, s'aiment et se fuient, jusqu'à un sublime baiser sous une pluie battante qui rince les péchés et essore les doutes. 

Foutraque et maîtrisé, un film unique, porté par la furie visionnaire de Walter Hill, transcendé par le rock galopant de Jim Steinman et habité par les corps et les regards de Michael Paré, beau comme un démon du Bien, et Diane Lane, belle comme un ange déchu.

Une fable rock n' roll, entre Mad Max : au-delà du dôme du tonnerre et La fureur de vivre.

JOHN WICK : BALLERINA (2023)

Précédé d'une réputation assez désastreuse (flop public, univers partagé incohérent, etc.), Ballerina me paraît pourtant cocher toutes mes cases : l'univers de John Wick (le plus furieux et fascinant du cinéma d'action depuis Terminator), une actrice incandescente (Ana De Armas, remarquable en hologramme badass dans Blade Runner 2029, excellente en domestique névropathe de la vérité dans À couteaux tirés, inoubliable en Marilyn tourmentée et sacrifiée dans Blonde), une promesse de (probablement brève) scène avec Keanu Reeves (il apparaît sur l'affiche) et des seconds rôles excitants (Gabriel usual suspect Byrne, Norman Daryl Dixon Reedus, Anne Nikita Parillaud) et un réalisateur rompu à l'exercice de la suite de saga dévastatrice (Underworld, Die Hard). 

Bon, alors, c'était mérité, cette réputation ?

Évidemment non, et John Wick : Ballerina est exactement ce qu'il promet (un film de flingages et de bastons, de trahison et de vengeance, avec cette touche de fatalité et de mélancolie qui fait l'honneur de la franchise) et même davantage : John Wick est bien là, sage, laconique et léthal, pour une séquence mémorable et parfaitement à sa place de vie et de mort.

JOUR 1 / 8 : DOUBLE FEATURE


 MISSION : IMPOSSIBLE Reckoning




Cette fois, c'est bel et bien la fin. Après trente ans et huit films, Tom Cruise dit adieu à son personnage de légende, dans un dernier épisode aux allures de requiem et d'hommage : extraits de tous les précédents films, retour (bien amené, bien pensé, bien surprenant) d'un personnage (pourtant très) secondaire du premier épisode, filiation révélée d'un nouveau personnage avec le Jim Phelps renégat du premier épisode aussi, révélation du dernier secret de la saga (le MacGuffin de la Patte-de-lapin l'épisode III), souvenirs des personnages aimés et perdus, tout ça plutôt habilement troussé pour prendre une sorte de sens ultime de la saga dans son ensemble. Et surtout, pour boucler une aventure cinématographique inoubliable, l'affrontement contre une Némésis absolue, insaisissable et inéluctable, dont l'ombre numérique maléfique invisible a porté sur toute la saga : The Entity, une IA terrifiante d'omniprésence et de menace de destruction de l'humanité.
Ethan Hunt en sortira victorieux, bien sûr, mais au terme des plus éprouvants (l'écrasante responsabilité d'être littéralement le seul à pouvoir sauver le monde, et on a l'impression que ces mots, qu'on a tant entendus depuis l'invention du cinéma d'aventures, prennent leur sens pour la première fois ici) et plus solitaires (la magnifique séquence sous-marine et glacée) de ses exploits. 
Et, comme souvent dans les productions Tom Cruise, le film envoie un message au monde : c'est un message de paix et de compréhension entre les peuples, et de méfiance envers les puissants qui cherchent encore et toujours à fausser la réalité pour nous dresser les uns contre les autres. Et un appel répété (littéralement, au moins cinq fois dans ce diptyque final), à penser avec confiance et compassion aux autres, "those we hold close and those we never meet".