mardi 3 mars 2026

JOUR 15 : TRIPLE FEATURE

TRIPLE FEATURE : PARCE QU'IL FAUT BIEN (trouver une raison d') EN FINIR

LA RIVIÈRE DE LA POUDRE, de Luis King (1953)

Vu, revu et re-revu au siècle dernier, je n'en avais gardé qu'un seul souvenir : le fabuleux ceinturon avec étui au genou, confectionné et décoré à l'indienne du pistolero. Autant dire un souvenir d'enfant pim pam poum (je m'étais fabriqué le même avec mes ceintures et hoslter en cuir), et donc probablement un tout petit film, avec un acteur oublié (Rory Calhoun, le fourbe fiancé de Marilyn dans Rivière sans retour) et un réalisateur inconnu (Louis King). Alors ? Alors pas du tout ! C'est un formidable film, très bien écrit, et rempli d'excellentes idées (inspiré de l'œuvre du romancier/scénariste Stuart N. Lake, également biographe crédule de la crapule Wyatt Earp) : le docteur/pistolero atteint d'une tumeur au cerveau et qui cherche désormais une raison de se faire tuer, le shérif à la réputation d'intouchable et qui refuse désormais de porter un colt, les deux inéluctablement promis à se retrouver face à face, et le duel tant attendu (à la fois véritable climax : le shérif bouclera son ceinturon / le pistolero au ceinturon mythique dégainera pour la seule et unique fois du film ; mais aussi rendez-vous sans gloire ni prestige, dans une contre-allée sans témoin) sera également plein de surprises. Et les personnages féminins, à la posture classique (la tenancière de saloon un peu vulgaire ; la jeune fille de l'Est un peu perdue) sont aussi bien joliment et subtilement dessinés. Un vrai chef-d'œuvre méconnu !

RAMBO : LAST BLOOD, d'Adrian Grünberg (2019)

Un beau dernier tour de piste pour la vieille bête meurtrie John Rambo, pour un film très respectueux du personnage cocréé par le romancier David Morell et le scénariste/interprète Sylvester Stallone, encore une fois ultra-violent, incontrôlable et traumatisé, et plus touchant encore que d'ordinaire, parce qu'il a cru pouvoir s'inventer un présent en famille et le protéger de la sauvagerie du monde. Film émouvant et sanglant, aux allures de testament, Rambo : Last Blood est un adieu réussi à un personnage mythique.

IMPITOYABLE, de Clint Eastwood (1992)

Le chef-d'œuvre crépusculaire de Clint Eastwood, celui qui a changé pour toujours le western de cinéma. Défiant et sabordant les clichés du western pour mieux le désacraliser et en faire enfin un genre historique. Finis les duels au soleil, les chevauchées fantastiques et les hommes aux colts d'or, place aux gunfighters sadiques, traumatisés, alcooliques, bigleux, prisonniers des cauchemars d'un Ouest qui sent la charogne et le mensonge. De passage à tabac sadique sous un soleil transpirant en tuerie chaotique sous une pluie de jugement dernier, d'exécution sommaire sur le trou à merde en torture à coups de fouet, l'Ouest légendaire d'Impitoyable fait mal et s'abîme dans la nuit, sans espoir de rédemption. Quand la légende devient réalité, Clint filme la réalité.


JOUR 14 : TRIPLE FEATURE

TRIPLE FEATURE : UN CONTRE TOUS, TOUS CONTRE UN

RAMBO, de Ted Kotcheff (1982)






Je le regarde pour la première fois en version originale (non-sous-titrée, je le connais pas cœur en version française) pour entendre enfin les vrais (et bouleversants) pleurnichements d'enfant martyr et glapissements d'animal blessé de Sylvester Stallone, ici au sommet de son jeu de bête sauvage et désespérée.

Déjà regardé et chroniqué en 2015 :

JOSEY WALES, HORS-LA-LOI, de Clint Eastwood (1976)





Déjà regardé et chroniqué en 2017 :

JOHN WICK 4, de Chad Stahelski (2023)





L'ultime chapitre de la saga John Wick est aussi le plus dément, le plus bouleversant et le plus mythologique. Un film fou, furieux et désespéré comme une danse de mort, en mode metal alternatif, et par toutes les armes possibles, du katana au pistolet TTI Pit Viper, du nunchaku au fusil mitrailleur, en passant par un pistolet de duel vintage et un fusil à balles explosives délirant.

lundi 2 mars 2026

JOUR 13 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : ESCLAVAGISTES ET ABOLITIONNISTES

BORDER RIVER, de George Sherman (1954)

Un western assez étonnant, mettant en scène des personnages et situations qu'on a peu l'habitude de voir : ce sont les derniers soubresauts de la guerre de sécession, la défaite se profile pour le sud esclavagiste, un gros tas d'or a été volé aux nordistes et va arriver au Mexique. De là, on s'attendrait à la trame classique du soldat bleu venu récupérer le trésor, en aidant au passage les braves de Juarez à reprendre le pays et en séduisant une riche señorita qu'il laissera inconsolable quand son devoir se rappellera à lui. Et ben, là, tout faux : le héros est un sudiste qui ne croit plus à la victoire mais qui ne peut renoncer à acheter les armes et munitions qui ne changeront rien ; le Mexique est ici aux mains d'un presidente félon et jovial qui se joue de Juarez comme de l'empereur Maximilien ; la señorita est bien là, mais elle tient tête à tout le monde, défie les amours potentiels et rêve d'ailleurs. À cela s'ajoute un surprenant combat final dans les sables mouvants, ni pour l'or ni pour les yeux de la belle ni pour rien d'autre qu'être le dernier en vie. Dommage que Joel McRae, parfois très bien (La fille du désert, de Raoul Walsh, Coups de feu dans la sierra, de Sam Peckinpah) soit ici bien falot face à un Pedro Armendariz en général d'opérette assez nuancé, et surtout à la torride Yvonne de Carlo, qui embrase le film à chaque apparition.

MANDINGO, de Richard Fleischer (1975)

Un film sauvage et révoltant, mettant en scène avec crudité et sincérité les sévices subis par les esclaves dans la Louisiane pré-guerre de sécession, et des personnages noirs bouleversants de dignité.

Un discours engagé et sans concession sur un monde effarant d'injustice et d'inhumanité, gangrené d'immoralité et de perversité, dont la fin arrive inéluctablement : Cicero, révolté sacrifié et Hammond Maxwell, progressiste et traditionnaliste à la fois, incarnent chacun à leur manière ce nouveau monde qu'il faudra (re)conquérir.

On n'avait jamais vu ça sur un écran, c'était sacrément audacieux de le montrer aussi radicalement en 1975, ça a évidemment fait scandale, mais ça inspirera Quentin Tarantino pour Django unchained et Steve McQueen pour 12 years a slave. Les États-Unis étaient enfin prêts à regarder leur Histoire en face, puisque le premier reçoit l'oscar du meilleur scénario et son plus grand succès commercial, le second ceux des meilleurs film et réalisateur.

dimanche 1 mars 2026

JOUR 12 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : ALLER-RETOUR ENTRE RÉALITÉ ET FICTION

COOL WORLD, de Ralph Bakshi (1992)

Incroyable de trouver dans ce film loufoque et déjanté un Brad Pitt tout jeunot, costard et coupe fifties, même pas encore les pieds dans la rivière qui coule au milieu (le film de Robert Redford sortira la même année et éclipsera totalement cet autre premier rôle) ! Il y incarne un ex-G.I. démobilisé en 1945, aspiré malgré lui dans un monde de cartoons, reconverti en flic de la brigade anti-sexe entre humain (les noids) et cartoon (les doodles) et chargé depuis cinquante ans de protéger la frontière entre les deux mondes. À ses côtés, Kim Basinger joue la vamp délurée et décérébrée, entre Vicky Vale et Jessica Rabbit, et tient l'équilibre du ridicule et du sensuel avec charme et conviction. Un petit film fou-fou, assez singulier sans être vraiment mémorable et qui vaut surtout pour la présence inattendue et réjouissante de ces ex et/ou futures stars.

LAST ACTION HERO, de John McTiernan (1993)

Le meilleur rôle d'Arnold Schwarzenegger, qui réussit le tour de force de jouer dans le même film le héros indestructible dans le monde hollywoodien, le héros ébranlé et fragilisé dans le monde réel, son propre rôle à la première du film, le tout avec une ironie et une conviction également remarquables et savoureuses. Il parvient même à créer une véritable émotion quand il prend conscience de sa condition de personnage de fiction, dont les chagrins et les échecs qui le hantent ne sont qu'imaginaires ; avant, bien sûr, de tout refaire péter !

samedi 28 février 2026

JOUR 11 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : LE RETOUR DU FRÈRE PRODIGUE

THE INDIAN RUNNER, de Sean Penn (1991)

Inspiré par la chanson "Highway Patrolman" de Bruce Springsteen, le premier film de réalisateur de Sean Penn est le récit bouleversant d'un homme qui n'arrive pas à trouver le bon en lui. Et rien ne pourra le délivrer de cette noirceur insondable qui l'empoisonne depuis toujours, et dont on ne saura jamais vraiment s'il attend qu'elle l'engloutisse ou s'il la combat sans illusion. Sean Penn, metteur en scène explicitement inspiré de John Cassavetes (le film lui est dédié) parvient à capter sur pellicule une vérité humaine sans fard et sans artifice. En Frank Roberts, Viggo Mortensen, dix ans avant Aragorn, s'offre corps et âme ; tour à tour désarmant, inquiétant, fragile, brutal, touchant, détestable, bref tragiquement humain et inéluctablement désespéré.

David Morse, en brave type désemparé, Patricia Arquette en gourde attendrissante, Valeria Golino en épouse pragmatique sont remarquables aussi.

COMME UN TORRENT, de Vincente Minnelli (1958)

Par bien des aspects, David Hirsch est semblable à Frank Roberts : exilé plus ou moins volontaire d'une ville natale qu'il ne veut ni reconnaître ni retrouver, après des années d'absence entre alcool, parties de poker, et peut-être prison, il revient en soldat démobilisé, désœuvré et désespéré. Les rancœurs et les jalousies sont toujours là, et, à trop vouloir croire en l'amour toxique d'une jeune professeure de lettres, à la fois fascinée  et révulsée, il sombrera lui aussi dans cette médiocrité qu'il a tant voulu fuir, et ne verra jamais l'amour simple et vrai de cette gourde attendrissante de Ginny — Shirley MacLaine est renversante —, qui l'aurait sauvé et dont elle mourra.

jeudi 26 février 2026

JOUR 9 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : SUPER-HÉROS ENTRE RÊVE ET CAUCHEMAR

SUPERMAN, de James Gunn (2025)

Déjà aux commandes des formidables Suicide Squad (celui sans Will Smith, merci) et The Peacemaker, James Gunn continue d'imprimer son empreinte d'auteur sur un univers DC qui n'attendait que ça. Dès les premières minutes, il réinvente le "film de Superman" en nous épargnant le récit des origines, puis en balançant le personnage, vaincu et fracassé, aux portes de sa forteresse de solitude, avant de désamorcer immédiatement la tension avec le super-chien Krypto, qui va le traîner par la cape, pour une scène aussi ridicule que touchante. C'est, en quelques mots et quelques plans, l'inimitable James Gunn's touch : cet équilibre casse-gueule d'héroïsme maladroit, de punchlines irrésistibles, d'action fulgurante, le tout raconté avec une tendresse et une sincérité évidentes et communicatives, en pleine confiance et complicité avec le public. 

MATRIX RESURRECTIONS, de Lana Wachowski (2021)

Quelle nouvelle histoire raconter, alors qu'il y a vingt ans de cela, la trilogie historique se concluait avec la victoire de Néo et Trinity sur la Matrice, au prix du sacrifice de leur vie ? Tout simplement, la seule qui en vaille la peine, la même depuis toujours : celle de deux êtres que rien ne peut séparer, pas même la mort. Égarés dans une réalité qui serait celle de la fameuse trilogie qui n'aurait été qu'un jeu vidéo, inversant et recréant vraie fiction et fausse fiction dans un maelstrom pirandellien, Néo et Trinity se reconnaissent sans oser se l'avouer, s'approchent sans oser y croire, et rêvent qu'ils sont ce qu'ils étaient, et craignent de n'être pas vraiment ni là ni eux. C'est magique, fascinant, bouleversant, c'est explosif, fou furieux, exaltant, c'est incompréhensible et limpide à la fois, et c'est pour ça qu'on aime Matrix.

mercredi 25 février 2026

JOUR 7 : DOUBLE FEATURE

DOUBLE FEATURE : Détours clairs-obscurs de l'âme humaine

DÉSIRS HUMAINS, de Fritz Lang (1954)

Dans son précédent film, le furieux Règlement de comptes, Fritz Lang réunissait déjà Glenn Ford et Gloria Grahame, mais ils ne faisaient que se frôler, l'un et l'autre pris dans la tourmente d'un récit policier de vengeance, de violence et de traumatismes, mais laissant deviner une alchimie incendiaire dont le réalisateur va souffler le brasier dans ce nouveau film.

Comme toujours obsédé par la noirceur et la fatalité des pulsions humaines, Fritz Lang les regarde sombrer dans une passion autodestructrice, tout en romantisme ténébreux et espoir mensonger, et ausculte ces "désirs humains" comme un prélude inéluctable à l'abandon et au regret.


LA SOIF DU MAL, d'Orson Welles (1958)

Racisme, corruption, manipulation, alcoolisme, brutalité, Orson Welles ne se refuse aucune ignominie pour incarner son personnage de flic adipeux et repoussant, ogre boiteux et damné, que ne sauveront ni l'amour trouble de son collègue crédule et fasciné, ni la protection dérisoire de la cartomancienne vénéneuse et ensorcelée.

Dans une mise en scène inspirée (contre-plongées, plan-séquence) et sur une histoire policière futée mais volontairement cannibalisée par la déchéance de son personnage principal, La soif du mal explore les tréfonds nauséabonds de l'âme humaine, là où l'amour et la lumière ne peuvent que renoncer, atterrés et vaincus.